La Police nationale espagnole, épaulée par Europol et Interpol, a démantelé un réseau accusé d’avoir détourné 140 millions d’euros grâce à de fausses plateformes d’investissement et à la fraude au président. Quatre arrestations ont eu lieu en Espagne, au Portugal et au Panama, où l’organisation s’appuyait sur 800 comptes bancaires et 67 mules financières recrutées à l’étranger.

Pour blanchir l'argent volé, l'organisation gérait plus de 800 comptes bancaires et 120 sociétés-écrans, alimentés par 67 mules financières recrutées à l'étranger - ©Casimiro PT / Shutterstock
Pour blanchir l'argent volé, l'organisation gérait plus de 800 comptes bancaires et 120 sociétés-écrans, alimentés par 67 mules financières recrutées à l'étranger - ©Casimiro PT / Shutterstock

La Police nationale espagnole a interpellé quatre suspects, deux au Portugal, un en Espagne et un au Panama avec l’aide d’Europol et Interpol. Elle les accuse d’avoir détourné 140 millions d’euros auprès de victimes réparties dans plusieurs pays européens. Pour attirer les épargnants, de fausses plateformes d’investissement promettaient des gains rapides avant de siphonner leur épargne. Le groupe pratiquait aussi la fraude au président, qui usurpe l’identité d’un dirigeant pour obtenir un virement urgent auprès d'un comptable, et falsifiait des factures. En parallèle, des attaques dites « Man-in-the-Middle » interceptaient les communications entre deux interlocuteurs pour détourner des paiements légitimes. Pour blanchir l’argent volé, l’organisation gérait plus de 800 comptes bancaires et 120 sociétés-écrans, alimentés par 67 mules financières recrutées à l'’étranger.

Les enquêteurs ont remonté la piste jusqu’à un réseau de neuf personnes et dix-neuf sociétés après avoir repéré une activité commerciale en apparence légitime, mais compatible avec un blanchiment de capitaux. Plusieurs mois de filature, d’écoutes téléphoniques et de coopération internationale ont ensuite mis au jour l’étendue de la structure.

Les escrocs ont détourné 61 millions d’euros par la fraude au président en 2024

Le flux financier identifié dépasse déjà 94 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 61 millions supplémentaires détournés en 2024 par la seule fraude au président. Il s’agit d’usurper l’identité d’un dirigeant d’entreprise, par téléphone ou par e-mail, pour ordonner à un comptable un virement présenté comme urgent et confidentiel. Les escrocs privilégient les périodes durant lesquelles le dirigeant réel est injoignable, congés ou déplacements professionnels, pour limiter les vérifications. Pourtant, le pot aux roses peut être découvert, grâce à de nombreux signaux d'alerte, tels ceux qu’on vous décrit dans notre guide de sensibilisation destiné aux équipes financières des entreprises.

Le principal suspect avait déménagé à Porto en février. Les autorités espagnoles et portugaises ont alors renforcé leur coopération et délivré un mandat d'arrêt européen contre sa compagne et lui. Un autre responsable gérait l’infrastructure financière du réseau depuis Barcelone, avant de fuir l’Espagne pour rejoindre le Panama via plusieurs pays. La police y voit une « gestoría del fraude », une agence dédiée à la fraude. Interpol et les autorités locales l’ont arrêté sur place.

Six perquisitions ont eu lieu à Barcelone, à Gérone et à Tarragone, en Espagne, et à Porto, au Portugal. Les agents ont saisi plus de 170 smartphones et 15 ordinateurs utilisés pour orchestrer les milliers de virements frauduleux du réseau.

La Police nationale espagnole a interpellé quatre suspects, deux au Portugal, un en Espagne et un au Panama avec l'aide d'Europol et Interpol - ©Wirestock Creators / Shutterstock
La Police nationale espagnole a interpellé quatre suspects, deux au Portugal, un en Espagne et un au Panama avec l'aide d'Europol et Interpol - ©Wirestock Creators / Shutterstock

L’argent volé blanchi par soixante-sept mules financières

Les cerveaux de l’organisation avaient recruté 67 citoyens étrangers comme mules financières. Ces recrues voyageaient jusqu’en Espagne dans le seul but d’y créer des sociétés fictives et d'y ouvrir des comptes bancaires, sans y résider réellement. Un réseau de ce type compte généralement une quinzaine de mules, quand celui-ci en mobilisait 67, soit plus de quatre fois la moyenne observée par les spécialistes de la lutte contre la fraude. Une fois le circuit en place, l’argent volé transitait aussitôt d’un compte à l’autre, et les enquêteurs perdaient presque aussitôt la trace de son origine.

C'’est un schéma classique. De fausses offres d’emploi qui promettent une rémunération rapide en échange de l’usage d'un compte bancaire personnel, avant que les fonds volés n’y transitent. Une fois identifiées, ces personnes risquent des poursuites pour blanchiment d’argent, même lorsqu’elles affirment avoir agi sans le savoir.

La police a déjà bloqué trois millions d’euros issus de cette fraude, qui resteront à la disposition des victimes.

Source : GNT
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