Un gigantesque astéroïde passera tout près de la Terre aujourd'hui. Pas de quoi aller toquer à la porte de Bruce Willis pour lui demander de le faire dévier, mais si vous êtes équipés et si la chance est avec vous, vous pourrez l'observer.

Depuis les passages de 2024 YR4 et de 2026 JH2, respectivement au mois de février et juin, nous n'avions pas eu l'occasion de voir un objet céleste se rapprocher d'aussi près de notre belle planète. Même si dans le cas de (152637) 1997 NC1, il frôlera la Terre de beaucoup plus loin aujourd'hui : 2,56 millions de km, soit 6,8 fois la distance qui nous sépare de la Lune. Découvert le 5 juillet 1997, a été repéré grâce au programme américain NEAT (Near-Earth Asteroid Tracking), un projet géré conjointement par la NASA et le JPL (Jet Propulsion Laboratory).
(152637) 1997 NC1 est un géocroiseur peu ordinaire : les estimations de sa taille, mesurées à partir de son albédo (sa réflectivité solaire) le placent dans la catégorie des monstres. Il mesure entre 750 m et 1 650 m de diamètre, un gabarit conséquent, puisque seulement 2 % des géocroiseurs répertoriés peuvent revendiquer une telle taille.
Il file actuellement à une vitesse de près de 8,9 km/s, et son passage aura lieu aujourd'hui à 13 h 15 (heure de Paris). Pour Juan Luis Cano, spécialiste de la défense planétaire à l'ESA, c'est un événement rare : « Un passage aussi proche pour un objet de cette taille ne se produit que tous les quelques années ». Effectivement, la dernière fois qu'il était venu nous faire un petit coucou aussi proche, c'était dans les annnées 1600, et il ne reviendra vers nous qu'en 2133. Une belle occasion de l'observer dans le ciel ce soir, si vous avez le bon matos.
Un titan rocheux « potentiellement dangereux »
Même si le risque qu'il frappe la Terre est nul, (152637) 1997 NC1 a été classé comme « potentiellement dangereux » par l’Union astronomique internationale (UAI). Une désignation qui peut induire en erreur par sa sémantique, mais c'est simplement une classification technique : elle s'applique à tout objet de plus de 140 mètres dont la trajectoire l'amène périodiquement à moins de 7,5 millions de kilomètres de nous.
Il appartient à l'une des quatre grandes familles d'astéroïdes géocroiseurs : les Aton. Ce qui les distingue des trois autres (Apollon, Amor et Atira), c'est la taille de leur orbite : leur demi-grand axe est inférieur à une unité astronomique, ce qui signifie qu'ils bouclent leur tour du Soleil en moins d'un an terrestre, en évoluant majoritairement à l'intérieur de notre propre orbite. Les Apollon, eux, ont une orbite plus grande que celle de la Terre et la croisent régulièrement ; les Amor gravitent entre l'orbite de la Terre et celle de Mars sans jamais vraiment la franchir. Les Aton passent donc l'essentiel de leur temps dans la direction du Soleil, là où les télescopes terrestres sont aveugles, et ne s'offrent aux observateurs que lors de ces rares intersections orbitales dont celle d'aujourd'hui fait partie.
Son passage est une aubaine pour les équipes de radioastronomie : les observations radars conduites par le Goldstone Deep Space Communications Complex du JPL, en Californie les 24, 25, 27 et 29 juin ont déjà livré une première surprise. (152637) 1997 NC1 est en forme de cacahuète et il tourne très lentement sur lui-même. Sa taille réelle serait inférieure au kilomètre, en deçà des estimations précédentes, bien que ce soit tout de même un gabarit assez costaud. C'est pourquoi les approches comme celle d'aujourd'hui sont très importantes pour les scientifiques : elles permettent de corriger les fiches techniques du catalogue de l'UAI, parfois lacunaires. Forme, rotation, composition, des paramètres impossibles à obtenir par spectroscopie et photométrie, car elles restent tributaires de la distance qui nous sépare de lui.

Comment l'observer ce soir et demain soir ?
Même si (152637) 1997 NC1 passe en début d'après-midi, il faudra attendre cette nuit pour l'observer, puisque la lumière du jour rend le ciel bien trop lumineux pour espérer distinguer un objet spatial aussi lointain.
En effet, à l'heure de son passage au plus près de la Terre, le Soleil est au plus haut de sa course. Sa lumière se diffuse dans notre atmosphère, et le ciel bleu masque totalement les étoiles et les astéroïdes, bien que ces derniers soient techniquement présents au-dessus de nos têtes. Pour le débusquer, il faut attendre que la Terre tourne sur elle-même pour que le Soleil passe sous l'horizon et que l'obscurité de la nuit s'installe enfin.
Afin de l'observer, il vous faudra un télescope, même amateur, mais son ouverture doit être comprise entre 100 à 150 mm. Placez-vous à un endroit épargné par la pollution lumineuse et armez vous de patience : orientez-le vers le sud, en direction de la constellation du Scorpion, et de son étoile la plus brillante, Antares . Vous ne le verrez pas briller, mais vous l'apercevrez grâce à son mouvement ; laissez la même zone dans l'oculaire une dizaine de minutes, et vous verrez un point imperceptiblement glisser entre les étoiles, qui, elles,sont parfaitement immobiles.
Juan Luis Cano prévient toutefois que « la proximité de la Lune, très brillante, risque de compliquer son observation au moment où il sera le plus proche de nous ». En effet, elle est en phase gibbeuse croissante, à deux jours de la pleine lune et son éclat inondera le ciel nocturne. Si vous n'avez pas de télescope ou ne pouvez pas vous déplacer, le Virtual Telescope Project retransmettra son passage ce soir sur son site officiel. Profitez-en : ce n'est pas tous les jours qu'un astéroïde de la taille d'une grosse colline passe suffisamment près pour que nous puissions l'admirer.
Source : Popular Science, ESA, JPL