Pour beaucoup, JBL est une marque d’audio certes sérieuse, mais sans immenses ambitions. Grave erreur, puisque le constructeur américain possède une gamme HiFi et une gamme d’enceintes pro/home-cinéma (JBL Synthesis), toutes les deux portées par des décennies de savoir-faire. Ce savoir-faire permet de présenter des produits démesurés à tous points de vue, comme la nouvelle génération des Summit Everest.

Nous avons eu l’occasion de les découvrir et de les écouter lors du High-End 2026 de Vienne, salon orienté autour de la Hifi très haut de gamme (mais pas que).
Très haut de gamme pour ne pas dire high-end (le prix n’est pas important), les enceintes Summit Everest sont à la fois colossales, techniquement ambitieuses, et coutent le prix d’une petite maison. Une illustration du côté déraisonnable de la HiFi.
Des meubles ou des enceintes ?
Armées d’un design vintage, les nouvelles JBL Summit Everest constituent la quatrième génération de ce duo tirant son inspiration des très anciennes créations de la marque. Le côté plus meuble en bois sombre qu’enceintes traditionnelles tire son origine des modèles des années 30-40, qui contournaient alors les immenses limitations des haut-parleurs par le volume. JBL fut un spécialiste du genre, Klipsch et ses Klipschorn en fut un autre.

En constructeur ayant bien plus de moyens que les acteurs classiques de la Hifi, JBL avait réservé un stand + salle de taille conséquente, lui permettant de célébrer dignement ses 80 ans. Première radio à lampes, enceinte art déco, immense modèle allongé (qui nous ferait penser à un meuble TV), et bien sûr enceintes façon monitoring très en vogue dans les années 70-80.
La gamme d’enceintes HiFi Summit est une sorte de perpétuation de cet héritage. Allant du modèle de bibliothèque "presque" raisonnable jusqu’à l’Everest, cette série conserve un aspect rétro et boisé, mais applique évidemment des architectures plus modernes.
Absolument pas destinées à tous les salons, les Everest font dans la démesure. Chaque enceinte de ce duo mesure ainsi 1836 x 1200 x 1200 mm, pour un poids de 237,7 kg. Le coffret n’a pourtant rien de novateur, puisqu'il fait la part belle au MDF (matériau le plus stable pour un tel produit). Seulement deux finitions sont proposées : l’iconique placage noyer + traitement laqué ; noir laqué.
Surpuissance, et triple tweeter combiné
Le profane (et même le connaisseur) peut se demander ce qui peut justifier un prix démentiel pour de simples enceintes passives ? Soyons francs, nous parlons d’un produit d’exception destiné à des gens fortunés et si possible passionnés, qui n’a pas pour but d’afficher un bon rapport qualité-prix. Mais même dans un secteur un peu passéiste comme l’enceinte Hi-Fi, il y a toujours de petites innovations.
La plus marquante d’entre elles vient en l’occurrence de la reproduction des médiums/aigus. Le système JBL utilise un principe de haut-parleur à compression associé à un pavillon, montage offrant un excellent rendement, d’où son apparition très tôt dans l’histoire des enceintes HiFi. Mais pour tenir des hauts volumes sonores, JBL a imaginé un montage complexe, combinant pas moins de trois haut-parleurs à compression. Ceux-ci sont disposés en étoile, chaque sortie respective étant reliée à ce que la marque appelle un "collecteur d’expansion". Cette pièce, imprimée en 3D du fait de sa complexité, permet d’associer la puissance des trois haut-parleurs sans créer de déphasage. La sortie du collecteur est elle-même reliée au large pavillon maison de JBL, pavillon appelé Sonoglass High-Definition Imaging.
La reproduction des médiums et des basses est déjà un peu plus conventionnelle, quoique là-aussi loin du tout-venant. JBL combine deux paires de woofers de 25 cm pour les bas médiums, et deux woofers de 38 cm pour les basses, le tout avec charge bass-reflex avec double évent à l’arrière. Ces deux types de haut-parleurs, développés en interne, disposent d’un châssis en aluminium, d’un système de double bobine, d’un double spider inversé (le spider est une sorte d’amortisseur interne), et d’une membrane HC4 en sandwich fibre de carbone + cellulose.
Sans aller trop loin dans les considérations techniques, ce montage permet de développer une bande passante à peu près parfaite, et une puissance sonore démesurée : 20 Hz – 23 kHz (mesure à -6 dB) et SPL max de 126 dB.
Cela va sans dire, ce duo d’adresse aux immenses pièces. La sensibilité extrêmement élevée pour des enceintes HiFi (96 dB/W) leur permet d’être faciles à alimenter, mais on ne demande pas aux Everest de simplement murmurer. La recommandation en matière d’amplificateur est ainsi très large : 25 W – 1200 W par canal.
Une écoute sur un salon n’est jamais parlante, notamment pour une paire qui nécessiterait une salle de cinéma pour véritablement s’exprimer. Mais notre écoute a clairement permis de mettre en lumière la puissance hors normes de ce système stéréo, avec un son légèrement typé en V (basses et aigus légèrement en avant) mais très maîtrisé. Même à plusieurs mètres de distance, le côté physique des basses et le rendement des aigus avaient quelque chose de surdimensionné, même par rapport à des enceintes encore plus dispendieuses rencontrées sur ce salon.
La douloureuse ? 160 000 euros la paire. Indécent ? Sans doute, mais nous sommes pourtant loin de tutoyer les sommets tarifaires de certaines configurations. Et vous ? Prêts à craquer ?