Google vient de financer une centrale électrique virtuelle aux États-Unis pour alimenter ses data centers : des milliers de thermostats et de voitures électriques agrégés pour calmer la soif énergétique de l'IA. En France, ce mécanisme existe depuis vingt ans.

Lignes électriques © Voltus
Lignes électriques © Voltus

Depuis que les data centers ont commencé à multiplier leurs GPU pour entraîner des modèles d'IA, leur consommation électrique s'emballe à un rythme qui commence à inquiéter les gestionnaires de réseau. En France, l'ARCEP a mesuré une hausse de 38 % en trois ans pour atteindre 2,7 TWh en 2024, avec une accélération de 12 % sur la seule dernière année. L'Île-de-France concentre à elle seule 56 % des centres de données étudiés et plus de 70 % de la consommation électrique du secteur. Pour les opérateurs, la question n'est plus seulement de trouver des mégawatts supplémentaires : c'est d'apprendre à en consommer au bon moment, et comment faire participer d'autres à l'équilibre du réseau.

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Le deal Google/Voltus : payer les gens pour décaler leur conso

C'est dans ce contexte qu'un accord entre Google et la société américaine Voltus, spécialisée dans l'agrégation de ressources énergétiques distribuées, prend une dimension particulière. Rapporté cette semaine par le MIT Technology Review, ce partenariat fonctionne ainsi : Voltus va regrouper des milliers de thermostats intelligents et de véhicules électriques, puis payer leurs propriétaires pour qu'ils acceptent de réduire ou de décaler leur consommation aux moments où le réseau est sous tension. Google finance l'installation du dispositif ; la capacité ainsi libérée aide à alimenter ses data centers dans la région couverte par PJM, le plus grand réseau électrique des États-Unis. Le projet devrait être opérationnel en 2027, pour une capacité annoncée d'environ 100 mégawatts.

La mécanique porte le nom de « centrale virtuelle » (VPP, pour virtual power plant) : au lieu de construire une centrale classique, on agrège de la flexibilité distribuée. Voltus appelle son programme « Bring your own capacity » (apportez votre propre capacité), une formule qui en dit long sur ce que le secteur demande aux consommateurs ordinaires pour que les entraînements de modèles d'IA puissent tourner sans interrompre le réseau. Il y a une limite psychologique bien documentée à cette équation : une étude californienne sur les véhicules électriques montre que seulement 1 % des propriétaires s'inscrivent spontanément à ce type de programme, et à peine 4,6 % si on leur propose 40 dollars par mois (environ 15 % de leur facture d'électricité). Google et Voltus n'ont pas communiqué sur les montants qu'ils prévoient de proposer aux participants.

En France, ça s'appelle l'effacement

Ce que Google cherche à construire aux États-Unis, la France le fait depuis 2006. Voltalis (dont le nom n'est pas sans rappeler celui de Voltus côté américain, coïncidence a priori) a été le premier agrégateur d'effacement résidentiel certifié par RTE, le gestionnaire du réseau français. Son principe : installer gratuitement un thermostat chez l'abonné, puis piloter son radiateur électrique pendant les quelques heures où le réseau est sous tension. Plus de 200 000 logements sont aujourd'hui équipés en France. Voltalis a remporté l'appel d'offres 2024 de RTE pour 2 GW de flexibilité d'ici fin 2026, et la cible nationale est fixée à 10 GW dans la programmation pluriannuelle de l'énergie à l'horizon 2030, contre 3,8 à 4,5 GW actuellement certifiés. L'économie promise aux participants : entre 8 et 15 % sur leur facture (environ 960 euros par an en moyenne en France).

Installation d'un boitier Voltalis Voltalis © Voltalis / Romain Petit

La question que le débat américain pose aussi en France, c'est la suivante : les data centers eux-mêmes pourraient-ils devenir des actifs de flexibilité ? En mars 2026, un colloque sur la gestion du réseau a ouvert ce débat : RTE enregistre actuellement environ 30 GW de demandes de raccordement pour des projets industriels (l'équivalent de plusieurs dizaines de réacteurs). Certains intervenants ont évoqué la possibilité de décaler des opérations non urgentes (sauvegardes, entraînements de modèles) vers les heures creuses. La réponse dépend largement de la volonté des opérateurs à accepter cette contrainte sur leur infrastructure la plus stratégique.

La centrale virtuelle que Google finance aux États-Unis résout un problème que des pays comme la France ont commencé à gérer différemment, à moindre coût et depuis plus longtemps. Ce qui change avec l'IA, c'est l'échelle : décaler une sauvegarde de données ne suffit plus à équilibrer un réseau quand un seul rack de calcul IA pourrait consommer jusqu'à un mégawatt d'ici 2030. La flexibilité distribuée reste une partie de la réponse… à condition de trouver assez de foyers prêts à laisser leur thermostat se faire piloter pour que des serveurs puissent tourner.