On le sait, les data centers d'intelligence artificielle (IA) sont une véritable bombe énergétique. Mais la chaleur qu'ils émettent peut aussi être exploitée et réintroduite dans le réseau environnant. Et de tels systèmes existent déjà.

Dotés de puces surpuissantes, les centres de données dédiés à l'IA possèdent une densité de calcul jusqu'à trois fois supérieure à celle de leurs prédécesseurs. Cela génère logiquement des températures plus élevées, mais aussi plus faciles à valoriser. De même, le refroidissement liquide, de plus en plus utilisé, permet de récupérer une chaleur à un niveau directement exploitable sans recourir systématiquement à des pompes à chaleur.
Plusieurs initiatives en Europe
Et justement. Depuis 2023, le campus de Tallaght de l'université technologique de Dublin, en Irlande, est chauffé par un data center voisin d'Amazon Web Services (AWS) : la chaleur des serveurs est captée via un système de refroidissement à eau, puis injectée dans le réseau urbain gratuitement. Une réussite, le système fournissant aujourd’hui 100 % des besoins thermiques du réseau local, en plus de couvrir 92 % de la demande de chauffage de l'université.
D'autant qu'il ne s'agit pas d'un dispositif inédit. Plusieurs grands acteurs de la tech développent des projets comparables en Europe. Microsoft alimente un réseau de chaleur à Høje-Taastrup, au Danemark, tandis qu'un data center d'Equinix chauffe environ 1 000 logements à Paris. De son côté, Google a lancé une vaste initiative de récupération de chaleur sur son site de Hamina, en Finlande.
En parallèle, des entreprises comme Nexalus développent des technologies de capture de chaleur directement au niveau des puces. Le Vieux Continent dispose d'un avantage conséquent pour exploiter de tels systèmes : ses réseaux de chaleur sont déjà largement déployés, notamment dans les pays nordiques. De même, il est en avance sur l'intégration des data centers dans les politiques énergétiques locales.

Un levier, mais pas une solution
Dans une étude, EnergiRaven et le cabinet de conseil danois Viegand Maagøe estiment que si les réseaux étaient développés parallèlement à l'infrastructure d'IA, la chaleur résiduelle des centres de données pourrait suffire à alimenter au moins 3,5 millions de foyers d'ici à 2035.
Mais malgré ses promesses, ce modèle reste difficile à généraliser. Les projets se heurtent à des obstacles très concrets : délais d'autorisation, coûts d’investissement élevés pour construire des réseaux de chaleur, et complexité technique pour raccorder des data centers à des infrastructures urbaines existantes.
Plus problématique encore, un réseau de chaleur est conçu pour durer trente ans, alors que les équipements d’un centre de données sont renouvelés tous les sept à dix ans. Ce décalage fait planer la menace d'actifs échoués si un site ferme ou est profondément modernisé.
Surtout, la récupération de la chaleur ne règle pas le problème de fond : l'explosion de la consommation énergétique de l'IA. Car ces dispositifs permettent de réutiliser une énergie déjà consommée, mais ne réduisent pas la demande initiale. Pour atteindre des objectifs climatiques crédibles, la valorisation thermique devra donc aller de pair avec des mesures visant à limiter la consommation des modèles, améliorer l'efficacité des puces et contenir la croissance des infrastructures.
Source : CNBC