Les data centers français ont vu leur consommation électrique bondir de 38 % en trois ans, comme le révèle l'ARCEP ce jeudi. Même si ces derniers ont amélioré leur efficacité énergétique, la hausse semble inévitable.

L'ARCEP, l'autorité de régulation du secteur des télécoms, vient de publier ce jeudi 21 mai la cinquième édition de son enquête « Pour un numérique soutenable », et le bilan est pour le moins contrasté. D'un côté, les opérateurs télécoms réussissent enfin à tenir leur consommation à des niveaux acceptables. Et de l'autre, vous avez les centres de données, qui continuent de creuser l'écart, portés par des infrastructures qui changent carrément d'échelle et qui se multiplient. Sans oublier nos écrans, toujours plus grands et plus gourmands.
Une consommation des data centers qui a explosé de 38 % en trois ans en France
D'après ce qui ressort de l'étude de l'ARCEP, ce n'est pas tant le nombre de nouveaux data centers qui pose problème, mais leur gabarit. Ceux mis en service en 2024 affichent une puissance informatique moyenne de 20 MW, soit plus du double des centres ouverts en 2023 (9 MW), et près de sept fois plus que les anciennes installations (3 MW). Autant dire que chaque nouvelle ouverture pèse désormais bien plus lourd dans la balance.
Voilà comment sur trois ans, la consommation électrique de ces centres a progressé de 38 %, pour culminer à 2,7 TWh pour la seule année 2024. Les efforts d'efficacité énergétique existent, certes, mais ils peinent à absorber cette montée en puissance. Les émissions de gaz à effet de serre du secteur suivent la même courbe ascendante, en passant de 124 000 à 178 000 tonnes équivalent CO2 entre 2021 et 2024.

Sur la carte de France, les data centers ne sont pas vraiment éparpillés aux quatre coins du pays. Trois régions (Hauts-de-France, PACA et Île-de-France) absorbent à elles seules 90 % de la capacité informatique et de la consommation électrique du secteur. La région parisienne écrase la concurrence puisqu'elle concentre 56 % des centres étudiés et engloutit plus de 70 % de l'électricité consommée par l'ensemble des data centers français.
La fibre optique stabilise les réseaux, mais nos équipements restent dans le rouge
Du côté des réseaux télécoms, l'année 2024 a enfin marqué une pause de la consommation énergétique, qui était en hausse sans interruption depuis 2017, et qui se stabilise à 4,1 TWh. Le grand responsable de cette accalmie est sans doute le remplacement progressif du vieux réseau cuivre par la fibre optique, bien moins énergivore. Du coup, la consommation des lignes fixes a reculé de 16 % en un an, une première qui prouve que le virage technologique commence à payer concrètement.
L'ARCEP a innové aussi avec un premier bilan de l'empreinte environnementale des câbles en fibre optique. Produire ceux vendus en France en 2024 a par exemple nécessité 170 GWh d'énergie et généré 108 000 tonnes de CO2 sur l'ensemble de leur cycle de vie. Mais l'empreinte varie selon la densité du câble. Plus un câble contient de brins de fibre, plus il pollue à la fabrication. On compte ainsi 100 kgCO₂ par kilomètre pour les plus fins, et jusqu'à 2 500 pour les plus denses.
Puis il y a le grand public, avec nos équipements personnels, qui ne sont pas en reste. Après deux ans de recul, les ventes de tablettes et téléphones ont rebondi en 2024, et les écrans grandissent à chaque nouvelle génération. Détail qui a son importance, un grand écran consomme bien plus d'électricité qu'un petit. Et côté télévision, le choix de la technologie pèse aussi, puisque les dalles OLED et microLED, plébiscitées pour leur qualité d'image, affichent une consommation électrique 25 % supérieure aux téléviseurs LCD classiques.