Google ajoute 150 mégawatts géothermiques à son arsenal énergétique au Nevada. Une énième stratégie pour assouvir la soif d'électricité de ses datacenters IA, mais cette fois en misant sur la chaleur du sous-sol terrestre.

Centrale géothermique en Islande - © Shutterstock
Centrale géothermique en Islande - © Shutterstock

Google vient de signer un accord de long terme avec Ormat Technologies pour alimenter ses installations du Nevada en énergie géothermique. L'entreprise californienne va bénéficier de jusqu'à 150 mégawatts supplémentaires via NV Energy, le fournisseur local contrôlé par Berkshire Hathaway. Ce contrat repose sur le Clean Transition Tariff (CTT), un mécanisme tarifaire conçu justement par Google et NV Energy en 2024 pour accélérer le déploiement de nouvelles technologies énergétiques propres. L'accord doit encore recevoir l'approbation de la Commission des services publics du Nevada, attendue pour le second semestre 2026.

La chaleur terrestre au service des fermes de calcul

Le principe géothermique exploite la chaleur naturelle du sous-sol pour transformer l'eau en vapeur, qui actionne ensuite des turbines génératrices d'électricité. Ormat prévoit de lancer plusieurs projets géothermiques répartis sur le territoire du Nevada, avec une mise en service échelonnée entre 2028 et 2030. Chaque installation rejoindra progressivement le portefeuille d'approvisionnement au fur et à mesure de sa mise en exploitation commerciale. Le contrat s'étendra sur 15 ans après la mise en service du dernier projet. Cette approche modulaire permet à Ormat de développer plusieurs sites simultanément tout en garantissant une montée en puissance graduelle.

Google n'en est pas à son coup d'essai avec la géothermie. Le géant technologique a déjà collaboré avec Fervo Energy depuis 2023 pour une première installation au Nevada, qui a nécessité le forage de deux puits parallèles atteignant environ 2 400 mètres de profondeur. Le principe consiste à fracturer la roche pour permettre à l'eau de circuler entre les deux puits et de chauffer à plus de 190 degrés Celsius. Ce projet pilote ne délivrait que 3,5 mégawatts, mais Google et Fervo ont depuis étendu leur partenariat en 2024 pour atteindre 115 mégawatts. Avec l'accord Ormat, la firme de Mountain View augmente de plus de 130% sa capacité géothermique dans la région.

Un éclatement de la stratégie énergétique

La pression créée par la ruée vers l'intelligence artificielle pousse Google dans une frénésie d'accords énergétiques tous azimuts. La firme a misé sur la fusion nucléaire en juin 2025 avec Commonwealth Fusion Systems pour 200 mégawatts en Virginie, avec une livraison espérée au début de la décennie 2030. Elle a également annoncé un partenariat avec TotalEnergies et officialisé le rachat d'un spécialiste des datacenters pour sécuriser son indépendance énergétique. L'entreprise a même évoqué l'idée de serveurs dans l'espace, témoignant d'une exploration tous terrains.

Cette multiplication des sources reflète avant tout l'explosion des besoins électriques. La consommation énergétique des datacenters de Google a explosé en quatre ans, portée par la montée en puissance de l'intelligence artificielle. Les installations modernes dédiées à l'IA dépasseront bientôt le gigawatt de capacité, rendant obsolètes les campus conventionnels d'il y a seulement quelques années. Selon un rapport du groupe de réflexion Rhodium Group, la géothermie pourrait répondre à 64% de la croissance attendue de la demande des datacenters d'ici le début des années 2030. Mais cette projection repose sur une condition : que les opérateurs acceptent de payer une prime de 20% par rapport aux sources d'énergie régionales et que les crédits d'impôt sur la géothermie soient maintenus.​

Le pari géothermique séduit aussi Meta, qui a conclu en 2024 un accord avec Sage Geosystems pour 150 mégawatts. Cette technologie offre un double avantage : elle fournit une électricité continue avec un taux de disponibilité supérieur à 90% tout en permettant une utilisation directe de la chaleur résiduelle pour le refroidissement. Dans les installations haute densité où le refroidissement représente 30 à 40% de la consommation totale, cette double fonction change radicalement l'équation économique.

Source : The Register