Une enseignante-chercheuse affirme qu'un bug de la plateforme de recrutement Odyssée lui a coûté sa candidature à un poste de professeure des universités, bloquant définitivement son dossier. Le tribunal administratif de Paris l'a déboutée, pour manque de preuves.

[INFO Clubic] Maître de conférences en sciences économiques à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Bérénice* s'était portée candidate à un poste de professeur des universités via la plateforme ministérielle Odyssée. Le 3 avril 2026, à sept minutes de l'heure limite de dépôt des dossiers, le téléservice aurait affiché plusieurs erreurs l'empêchant de valider sa candidature. Saisie en référé, le tribunal administratif de Paris a estimé, le 26 mai, que les preuves produites ne permettaient pas d'établir le lien entre le dysfonctionnement et l'impossibilité de candidater.
Comment un bug sur une plateforme de l'État peut anéantir une candidature universitaire
Bérénice enseigne l'économie à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, où elle occupe le poste de maître de conférences. Elle détient également une habilitation à diriger des recherches, le diplôme qui, en France, ouvre officiellement la porte au grade supérieur de professeur des universités. Ce printemps, un tel poste se libérait justement dans son propre établissement, via la campagne nationale de recrutement 2026, une procédure annuelle, dite « synchronisée », qui permet à tous les candidats de postuler simultanément sur l'ensemble des postes ouverts. Son dossier était prêt.
Le 3 avril 2026 fut le dernier jour pour déposer les candidatures. Ce jour-là, Bérénice se connecte à Odyssée, la plateforme en ligne du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, plateforme dédiée au recrutement universitaire, pour finaliser et soumettre son dossier. Il est 15h53, soit sept minutes avant la fermeture définitive. Mais au lieu du bouton de validation, l'écran affiche trois messages d'erreur. Un bug informatique pile au mauvais moment ? Toujours est-il qu'elle ne peut pas envoyer son dossier. À 16h00 pile, la plateforme ferme. Le ministère refuse d'enregistrer sa candidature. Un scénario bien cruel.
Le ministère ne veut rien entendre et refuse d'envisager la moindre alternative. Bérénice décide alors de porter l'affaire devant la justice au début du mois de mai. Elle saisit le tribunal administratif de Paris en urgence, via la procédure du référé-suspension, un recours express qui permet de bloquer une décision administrative le temps qu'un juge statue. Elle demande que le refus du ministère soit suspendu, que son dossier soit accepté sous sept jours, et réclame 1 000 euros de frais de justice. Pour elle, le bug sur la plateforme de l'État l'a empêchée de candidater, alors que d'autres candidats, eux, n'ont rencontré aucun problème.
Les screenshots horodatés après la deadline plombent le recours de la chercheuse devant le tribunal administratif
Le 26 mai, la tribunal a examiné une à une les preuves apportées par la malheureusement Bérénice. Parmi elles, une photo prise avec son téléphone de l'écran de son ordinateur, datée du 3 avril à 15h53, qui montre bien la plateforme Odyssée, avec la page « Dossier de candidature » affichant une « erreur inattendue », sur trois onglets. Mais ce cliché ne suffit pas, car on voit les onglets d'erreur, mais pas leur contenu, et rien n'indique précisément à quelle heure chacun de ces messages est apparu.
Bérénice a aussi présenté au juge deux autres captures d'écran qui montrent d'autres messages d'erreur sur la même plateforme. Mais ces captures sont datées de 16h36, soit trente-six minutes après la fermeture des candidatures. Pour le tribunal, elles ne prouvent donc pas que le bug existait avant 16h00 et qu'il est bien la cause de l'impossibilité de valider le dossier à temps. Sans cette preuve du lien direct entre la panne et le dossier bloqué, la condition d'urgence, indispensable pour obtenir gain de cause en référé, n'est pas remplie. La requête est ainsi rejetée.
La dématérialisation des services publics avance peut-être, mais leur robustesse reste en question. Pour Bérénice, s'il reste encore l'hypothèse d'un recours au fond, le mal est fait, et le poste dont elle rêvait lui est passé sous le nez.
*son prénom a été modifié.