Le 2 juin, Donald Trump a paraphé loin des caméras le décret sur l'intelligence artificielle qu'il avait enterré quinze jours plus tôt. Entre-temps, le texte a beaucoup maigri.

Donald Trump © UkrPictures / Shutterstock
Donald Trump © UkrPictures / Shutterstock

En janvier 2025, l'une des toutes premières signatures de Donald Trump à la Maison-Blanche avait été d'abroger le décret de Joe Biden sur la sécurité de l'IA. Seize mois plus tard, son administration en réécrivait pourtant un nouveau, plus prudent, avant de l'abandonner dans la nuit du 21 mai sous la pression de quelques patrons de la tech. Le 2 juin, le texte est revenu, signé sans la moindre cérémonie, et le New York Times comme le Washington Post en décrivent une version singulièrement adoucie.

Un décret revenu de loin, et nettement allégé

Le texte signé mardi porte un nom programmatique, « Promoting Advanced Artificial Intelligence Innovation and Security ». Sur le papier, il conserve l'ossature de la version abandonnée : il invite les entreprises à soumettre leurs modèles les plus puissants à une évaluation gouvernementale jusqu'à trente jours avant leur sortie publique. La différence tient en un mot. Cette soumission est volontaire, là où le brouillon précédent envisageait une obligation.

Le décret crée par ailleurs un guichet cybersécurité piloté par le département du Trésor, chargé de centraliser et de partager les informations sur les vulnérabilités, et demande aux agences fédérales d'élaborer des critères pour mesurer les capacités cyber des modèles. La signature a suivi une réunion organisée la veille à la Maison-Blanche, autour du secrétaire au Trésor Scott Bessent, du secrétaire à la Défense Pete Hegseth et de David Sacks (le « tsar » IA et cryptomonnaies de l'administration). Ce dernier s'opposait au brouillon ; il a fini par soutenir la version révisée une fois la période de revue raccourcie.

Washington demande, Bruxelles impose

Le décret Biden d'octobre 2023 imposait aux développeurs de partager leurs tests de sécurité avec l'État avant tout déploiement risqué. Trump l'a abrogé dès son premier jour, avant de dérouler une politique entièrement tournée vers la dérégulation du secteur. Que la même administration ressorte aujourd'hui un texte d'évaluation, fût-il facultatif, dans un contexte où les capacités cyber des modèles de pointe inquiètent jusqu'aux agences de sécurité, voilà qui ne manque pas de relief.

Le brouillon plus contraignant avait pourtant été enterré en vingt-quatre heures, après que des patrons de la tech se furent émus pour « l'avance américaine sur la Chine ». Le voilà de retour, vidé de son caractère obligatoire. Une rallonge, en somme, à laquelle on aurait pris soin de retirer la prise.

De l'autre côté de l'Atlantique, l'approche est exactement inverse. Le règlement sur l'IA (AI Act, règlement UE 2024/1689) n'invite pas : il contraint. Ses obligations pour les modèles à haut risque entrent en application le 2 août 2026, documentation à l'appui et sanctions à la clé. Deux philosophies se font face : d'un côté une évaluation que les entreprises peuvent décliner sans conséquence, de l'autre un cadre qu'il faudra respecter pour accéder au marché européen. Le décret américain, c'est formulé poliment, ne force personne.