Un décret déjà volontaire, retiré en 24 heures après trois appels téléphoniques. Les États-Unis n'ont officiellement plus aucun projet de cadre pour l'intelligence artificielle.

Elon Musk/Mark Zuckerberg © Shutterstock
Elon Musk/Mark Zuckerberg © Shutterstock

En janvier 2025, l'une des premières décisions de Donald Trump à la Maison-Blanche avait été d'abroger le décret Biden sur la sécurité de l'IA. Seize mois plus tard, son administration a tenté d'en écrire un nouveau (plus modeste, plus prudent, et entièrement volontaire). Il n'a pas survécu à la nuit du 21 mai 2026. Trois appels téléphoniques ont suffi à l'enterrer.

Un décret volontaire, torpillé par ceux qui ne l'auraient de toute façon pas été

Le texte retiré demandait aux développeurs de modèles d'IA « frontière » de soumettre volontairement leurs systèmes à une revue de sécurité fédérale, coordonnée par le Trésor américain, jusqu'à 90 jours avant leur publication. Les opérateurs d'infrastructure critique auraient bénéficié d'un accès anticipé. Rien d'obligatoire, rien de contraignant (le mot « volontaire » figurait explicitement dans le projet).

L'ironie de la séquence tient dans les positions respectives des acteurs. OpenAI soutenait le décret. Anthropic, dont le modèle Mythos avait déclenché le projet, plaidait publiquement pour une régulation encore plus stricte. Elon Musk, Mark Zuckerberg et David Sacks (l'ancien « tsar IA » de l'administration, parti en mars) ont contacté Trump entre mercredi soir et jeudi matin pour le convaincre de reculer. L'argument retenu : un régime volontaire finirait par devenir un « régime de licence de facto », exploitable par une future administration pour imposer des obligations contraignantes.

Dix semaines séparent Washington de l'entrée en vigueur de l'AI Act

Trump a résumé sa position avec la concision qu'on lui connaît : « Je n'aimais pas certains aspects. Je pense que ça gêne notre avance sur la Chine. »

De son côté, le règlement européen sur l'intelligence artificielle (AI Act, règlement UE 2024/1689) entre en application pour les systèmes à haut risque le 2 août 2026. Les sanctions prévues montent jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial pour les pratiques interdites. Pour les défauts de conformité sur les systèmes classés à haut risque, le plafond est fixé à 15 millions d'euros ou 3 %. Les États-Unis, eux, ne disposent plus d'aucun texte fédéral sur le sujet (ni contraignant, ni volontaire, ni même en projet).