La société britannique Archangel Lightworks a réussi les essais terrain de son TERRA-M, la plus petite station terrestre optique laser déployable au monde, capable de communiquer avec des satellites en orbite basse.

La plus petite station optique terrestre opérationnelle déployable au monde. © Archangel Lightworks
La plus petite station optique terrestre opérationnelle déployable au monde. © Archangel Lightworks

C'est une première mondiale qui vient d'être validée en conditions réelles. Le TERRA-M, une minuscule station terrestre optique développée par Archangel Lightworks, a démontré sa capacité à transférer des données entre le sol et un satellite en orbite basse via laser, lors d'essais menés en Méditerranée début mai. Ces tests, financés par le laboratoire de défense britannique, ouvrent la voie à un déploiement à grande échelle de communications spatiales sécurisées et mobiles.

La plus petite station terrestre optique du monde vient de faire ses preuves

Pour s'imaginer le TERRA-M, pensez à un gros bidon blanc d'un mètre de haut (1,1 m très exactement) et moins d'un mètre (0,7 m) de large. C'est cette petite tête optique, compacte et autonome, qui pointe ses faisceaux laser vers les satellites en orbite. Il n'y a aucun bâtiment dédié, aucun dôme de protection imposant comme on en voit sur les stations classiques. L'engin se pose sur un toit, monte dans un véhicule léger ou s'enregistre en soute d'avion. Une liberté de déploiement rare, voire inédite dans le domaine.

Ces essais, financés par le laboratoire de défense britannique, se sont tenus quelque part en Méditerranée début mai, pendant plusieurs jours d'affilée. Le principe était d'envoyer des données depuis le TERRA-M vers un satellite qui filait en orbite basse (LEO), à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de la tête, en respectant un protocole de communication laser défini par l'agence spatiale américaine chargée du développement de nouvelles infrastructures orbitales. La manœuvre a été répétée de nombreuses fois, et a fonctionné à chaque tentative.

Pour Richard Johanson, le CEO d'Archangel Lightworks, « le TERRA-M est le seul à pouvoir transférer rapidement et en toute sécurité des données avec des satellites, tout en étant suffisamment petit pour être déployé et redéployé en cas de besoin. » Une double performance (miniaturisation et fiabilité) qui a visiblement convaincu au sommet. Liz Lloyd, ministre britannique de l'Espace, a en personne salué l'annonce, d'autant plus qy'elle y voit la démonstration que le Royaume-Uni tient désormais un rôle de premier plan dans la course mondiale aux communications laser spatiales.

Du haut débit pour les zones isolées aux missions spatiales, le TERRA-M voit large

Envoyer des données entre un satellite et la Terre via un faisceau laser plutôt que par ondes radio peut sembler anecdotique, mais les enjeux sont considérables. Le laser permet des débits bien supérieurs, une meilleure sécurité des échanges, et il répond surtout à une demande croissante de bande passante spatiale. Les applications concrètes sont d'ailleurs nombreuses, citons la connexion internet depuis l'espace, la surveillance et l'observation de notre planète, ou encore le soutien à des missions d'exploration comme le programme lunaire Artemis. Sans oublier un intérêt stratégique évident, puisque la technologie intéresse autant le secteur civil que les militaires.

Parce qu'il est petit et mobile, le TERRA-M peut être installé là où aucune station classique ne pourrait l'être, par exemple une zone reculée, un site isolé, ou un terrain difficile d'accès. Cela veut dire qu'il peut apporter une connexion satellite haut débit à des régions du monde qui en sont encore privées. À mesure que les géants de la tech commencent à déplacer leurs serveurs et leurs capacités de calcul directement dans l'espace, dans des centres de données embarqués en orbite, les stations au sol comme le TERRA-M deviendront le maillon indispensable entre ces infrastructures spatiales et les utilisateurs sur Terre.

La start-up ne manque en tout cas pas de soutiens financiers. Le mois dernier, elle a finalisé une levée de fonds de 13,5 millions de dollars, en dépassant son objectif initial. Au total, Archangel Lightworks a désormais levé 20 millions de dollars depuis sa création, avec des investisseurs aussi bien privés qu'institutionnels, parmi lesquels un fonds dédié à la sécurité nationale britannique. Sur le terrain commercial, la société a également signé des partenariats avec Starcloud, la start-up spécialisée dans les centres de données orbitaux, et Omantel, l'opérateur télécom national d'Oman.

Pendant que SpaceX et Amazon Leo (qui utilisent principalement des liaisons radio entre leurs satellites et le sol et non du laser optique) inondent l'orbite basse de leurs satellites, le vrai défi reste de les connecter efficacement au sol. C'est le créneau qu'Archangel Lightworks entend occuper avec le TERRA-M, compact, mobile, et déjà opérationnel là où les infrastructures traditionnelles ne peuvent pas aller.