La startup Starcloud vient de signer un contrat avec Starlink de plus de cinquante terminaux laser miniatures, répartis sur au moins vingt-cinq satellites destinés au traitement de données en orbite.

Starcloud construit des centres de données dans l'espace. Depuis 2024, l'entreprise veut faire tourner des data centers hors de l'atmosphère pour profiter du soleil en continu et de la chaleur dégagée évacuée par le vide. Chacun de ses satellites est équipé de panneaux solaires pour l'énergie, de radiateurs pour le refroidissement, de processeurs graphiques pour le calcul, et désormais de terminaux laser pour les communications. Selon Philip Johnston, cofondateur et directeur général, ces lasers équiperont tous les futurs satellites de la flotte, à commencer par Starcloud-2. Starcloud compte placer le premier matériel en orbite d'ici un an.
Un laser déjà éprouvé en vol plutôt qu'un développement maison
SpaceX commercialise ces terminaux sous le nom de Starlink Mini Laser. L'entreprise a conçu cette technologie de liaison optique pour sa propre constellation, puis l'a testée en orbite sur un satellite du lot Starlink G10-20, comme l'avait indiqué à l'époque Michael Nicolls, responsable technique de Starlink. Deux d'entre eux équiperont chaque satellite Starcloud. Un seul terminal atteint 25 Gbit/s de débit continu jusqu'à 4 000 kilomètres de distance, et davantage sur des liaisons plus courtes.
Si beaucoup de startups du spatial développent encore leur propre liaison optique entre satellites, Starcloud préfère acheter de l'existant pour écarter une part du risque technique. Elle peut ainsi travailler sur la production d'électricité, l'évacuation de la chaleur ou la densité de calcul à bord d'un petit satellite. Grâce aux liaisons laser, chaque satellite est relié directement au maillage Starlink sans passer par les stations au sol dont la bande passante reste limitée. Autrement dit, on fait circuler les données d'orbite à orbite avant de les envoyer vers la Terre redescendre, et non plus satellite par satellite vers la Terre.
Philip Johnston destine pour l'heure sa flotte à la météo en temps réel, la détection des feux de forêt et l'analyse d'images terrestres. Pour ces tâches, mieux vaut traiter la donnée là où les capteurs la produisent que la rapatrier au sol. Il fera ensuite transiter des charges envoyées depuis la Terre, dont l'entraînement et l'exécution de modèles d'IA. Starcloud a d'ailleurs déjà fait tourner un modèle de langage dans l'espace sur son premier satellite, Starcloud-1, lancé le 2 novembre 2025 avec un processeur H100 de Nvidia à bord.

Une double dépendance envers SpaceX
Starcloud comptait déjà sur SpaceX pour atteindre l'orbite. Starcloud-1 est parti sur une fusée Falcon, et Johnston annonce Starcloud-2, un engin de 450 kilogrammes, sur un Falcon 9. À terme, l'entreprise compte sur la mégafusée Starship, qui vient de décoller pour la 12e fois, pour déployer une constellation qui pourrait atteindre 88 000 unités. Avec ce contrat sur les lasers, Starcloud dépend désormais de SpaceX pour le lancement comme pour le réseau. SpaceX fournit la fusée, puis l'infrastructure de communication par laquelle les satellites de la jeune pousse échangeront leurs données.
Pierre Lionnet est directeur de recherche à l'association professionnelle Eurospace. Il remet en question cette dépendance en rappelant que SpaceX facture parfois ses concurrents bien plus cher que ses propres charges, jusqu'à 20 000 dollars le kilo contre 2 000 en interne, soit environ 17 000 euros contre 1 700. Si Starcloud n'a pas évoqué ce volet financier dans ses communications, ses caisses sont pleines. En mars dernier, l'entreprise a levé 170 millions de dollars, près de 146 millions d'euros, lors d'un tour de table mené par Benchmark, sur une valorisation d'environ 1,1 milliard de dollars, près de 950 millions d'euros. Starcloud bombe donc le torse au sein d'une filière encombrée, entre Google qui travaille à son propre dispositif et SpaceX qui projette un million de centres de données en orbite.
Mais tout le monde ne croit pas à ces projets. Des astronomes et astrophysiciens, dont la Royal Astronomical Society et l'Observatoire européen austral, ont déposé des oppositions auprès du régulateur américain et redoutent l'occupation massive de l'orbite. Les radiations abîment les composants électroniques, et personne ne sait encore réparer une machine à plusieurs centaines de kilomètres d'altitude.
Source : PCMag