Le communauté scientifique spatiale s'unit et tire la sonnette d'alarme concernant les différents projets de data centers dans l'espace. Dans leur viseur, entre autres, l'initiative colossale de SpaceX.

Les astronomes tirent la sonnette d'alarme face aux divers projets de centres de données en orbite. ©AstroStar / Shutterstock
Les astronomes tirent la sonnette d'alarme face aux divers projets de centres de données en orbite. ©AstroStar / Shutterstock

C'est le nouvel objectif que s'est fixé Elon Musk depuis la fusion entre SpaceX et xAI : déployer 1 million de centres de données dans l'espace pour répondre à la demande en intelligence artificielle (IA). Et il n'est pas seul ; Jeff Bezos, avec Blue Origin, l'a aussi rejoint dans la course. Sans compter les start-up qui se spécialisent dans cette nouvelle filière. Face à cette nouvelle tournure, astronomes et astrophysiciens se rebellent.

Impact direct sur l'observation de l'espace

La Royal Astronomical Society (RAS), la plus ancienne société astronomique du monde, ainsi que l'European Southern Observatory (ESO), organisation internationale qui opère certains des plus grands télescopes, ont déposé des objections formelles auprès de la Commission fédérale des communications (FCC). Cette agence est justement celle qui reçoit les demandes de la part des opérateurs de satellites.

Leurs craintes sont multiples, et concernent tout d'abord l'impact direct de ces constellations sur l'observation du ciel. Car il est prouvé que les dispositifs actuels, comme Starlink, affectent le travail des astronomes : en déployer des centaines de milliers supplémentaires est inenvisageable pour les chercheurs. « Si vous avez une vue directe de ces miroirs, ils seraient plusieurs fois plus lumineux que la pleine lune. C'est extraordinairement brillant », explique Robert Massey, directeur adjoint de la RAS, sur l'ambition de l'entreprise Reflect Orbital de lancer 50 000 miroirs en orbite pour réfléchir la lumière solaire vers des centrales solaires au sol.

Il estime, en outre, que la constellation rendrait le ciel jusqu'à trois fois plus lumineux, y compris dans les zones actuellement classées comme sanctuaires pour observer l'Univers.

Image simulée représentant la contamination prévue par les traînées de satellites, data centers orbitaux exclus. ©Nature / NASA
Image simulée représentant la contamination prévue par les traînées de satellites, data centers orbitaux exclus. ©Nature / NASA

Les écosystèmes et le patrimoine affectés

Les conséquences directes pour la recherche seraient colossales. Le million de data centers SpaceX ferait perdre jusqu'à 10 % des pixels sur chaque image captée par le Very Large Telescope au Chili, voire 30 % pour certains types d'observations. Cet appareil est crucial pour certaines des observations les plus exigeantes de l'astronomie moderne : la caractérisation d'atmosphères d'exoplanètes, la détection de matière noire ou encore l'étude des premières galaxies formées après le Big Bang.

Quant aux miroirs de Reflect Orbital, ils obligeraient les astronomes à tripler les temps d'exposition. « Nous ne serions plus capables d'observer nos cibles les plus faibles. Ce serait désastreux » déplore Olivier Hainaut, astronome à l'ESO.

« C'est vraiment intolérable. C'est purement et simplement la destruction d'une part centrale du patrimoine de l'humanité », renchérit Robert Massey. Au-delà de l'astronomie, les répercussions d'une telle occupation de l'orbite toucheraient également « les écosystèmes, notre patrimoine culturel et notre relation collective au cosmos », prévient Noelia Noel, astrophysicienne de l'université de Surrey.

Et malheureusement, la balance semble pour l'instant pencher du côté des géants de la tech. La FCC aurait l'intention d'accorder à SpaceX la licence pour commencer le déploiement, sans même effectuer une étude d'impact environnemental au préalable…

Source : Space.com