Nissan a officiellement sélectionné mardi Red Hat et son système d'exploitation Linux embarqué pour piloter son futur ordinateur central de véhicule. Un accord qui va compter pour l'automobile définie par logiciel.

Nissan confie le logiciel de ses futurs véhicules à Red Hat et mise tout sur Linux et l'open source. © Wongsakorn 2468 / Shutterstock / Clubic
Nissan confie le logiciel de ses futurs véhicules à Red Hat et mise tout sur Linux et l'open source. © Wongsakorn 2468 / Shutterstock / Clubic

C'est l'une des annonces phares du Red Hat Summit d'Atlanta de cette semaine. Le constructeur automobile Nissan a officiellement sélectionné Red Hat In-Vehicle Operating System, un système d'exploitation Linux conçu pour les véhicules, comme socle logiciel de son futur ordinateur central. Voilà qui montre la volonté du fabricant japonais de reprendre le contrôle total de son cycle de développement, dans un secteur bousculé par des concurrents bien plus agiles.

Red Hat va équiper les prochaines voitures Nissan avec son système d'exploitation Linux

Pendant des décennies, une voiture était en réalité une mosaïque de dizaines, parfois plus d'une centaine, de petits ordinateurs indépendants, chacun fourni par un prestataire différent et chargé d'une tâche précise, au hasard gérer les freins, la climatisation, les airbags. Du coup, modifier ou mettre à jour le moindre élément logiciel relevait du casse-tête industriel. Pendant ce temps, les nouveaux constructeurs de véhicules électriques déployaient des améliorations à distance, en quelques minutes, comme une simple mise à jour d'application. Dépassés par tant d'agilité, les acteurs historiques de l'automobile se retrouvaient à courir après leur retard.

C'est dans ce contexte que Nissan a décidé de prendre les choses en main. Le constructeur japonais a choisi Red Hat In-Vehicle Operating System pour construire sa nouvelle plateforme logicielle centrale, baptisée « SW PF », pour Nissan Scalable Open Software Platform. La raison principale est qu'une voiture reste sur la route vingt ans, parfois plus, et qu'il lui faut un système d'exploitation capable de tenir la distance. La société américaine Red Hat, dont le Linux professionnel (qu'elle édite) équipe déjà 90 % des plus grandes entreprises mondiales, offre cette garantie de durabilité et de fiabilité sur le long terme.

Là où ce partenariat est intéressant, c'est dans la façon dont il fonctionne. Les ingénieurs de Red Hat ne livrent pas simplement un produit à Nissan, ils travaillent directement au sein des équipes du constructeur, au quotidien. Un niveau d'implication rare dans une industrie habituée aux relations purement contractuelles entre fournisseurs et fabricants. Kazuma Sugimoto, directeur général du département SDV chez Nissan, voit tout cela d'un bon œil. « Nous prenons le contrôle direct de notre cycle de développement logiciel pour mieux servir nos clients à l'ère de la mobilité », indique-t-il.

De Volkswagen à Nissan, Red Hat construit étend son empire automobile

Pour convaincre l'industrie automobile, Red Hat dispose d'un atout presque imparable, c'est la certification ISO 26262 ASIL-B obtenue pour son système d'exploitation embarqué. Il s'agit de la norme de sécurité fonctionnelle de référence dans le secteur. Concrètement, cela veut dire que le logiciel a été rigoureusement évalué et validé pour fonctionner dans des environnements où une défaillance peut avoir des conséquences graves. Sans cette certification, aucun OS ne peut légalement équiper un véhicule vendu en série. Red Hat l'a. Et ce n'est pas anodin.

Nissan n'est pas le seul grand constructeur à faire confiance à Red Hat. Avant lui, Volkswagen a déjà réduit de moitié ses coûts de tests en combinant simulations virtuelles et tests réels, grâce aux solutions de l'éditeur. Audi, de son côté, a bâti une infrastructure capable de faire tourner ses outils de développement sur plusieurs clouds en même temps, ce qui lui a fait gagner en vitesse et en flexibilité. Des résultats tangibles qui font de Red Hat un fournisseur de logiciels, mais aussi un vrai partenaire de transformation industrielle.

Aujourd'hui, Red Hat a l'ambition de devenir dans l'automobile ce qu'elle est déjà dans les grandes entreprises, c'est-à-dire le système d'exploitation de référence, avec Linux notamment. Pour cela, elle rassemble autour de sa plateforme un réseau de partenaires spécialisés (Luxoft, Sonatus, Vector) dans le but de proposer des briques logicielles déjà assemblées et prêtes à intégrer, ce qui limite ainsi les risques et les délais pour les constructeurs. Nissan a sauté le pas. Et dans les couloirs de l'industrie automobile, la question n'est plus vraiment de savoir si d'autres suivront, mais quand.