Le technicien support d'une ESN a déployé et migré des postes Windows pendant deux ans dans un grand groupe bancaire sans avoir jamais été formé à ces systèmes d'exploitation, avant d'être licencié. La justice s'est penchée sur son cas.

INFO Clubic. Installer Windows 7 puis Windows 10 sur des centaines de postes professionnels, sans avoir jamais suivi la moindre formation sur ces systèmes. Voilà la situation qu'a dû étudier la cour d'appel de Rennes ces dernières semaines. Dans un arrêt du 1er avril 2026, on apprend qu'une ESN, une société de services numériques, s'est retrouvée pointée du doigt pour n'avoir pas formé son technicien aux systèmes d'exploitation qu'elle lui demandait de déployer. Ce dernier, licencié, a bien tenté d'obtenir réparation.
Technicien IT en ESN : deux ans à déployer Windows chez une grande banque, avant d'être licencié
C'est en 2006 que le fameux technicien fut embauché par une ESN en tant que hotliner, sous convention collective Syntec. En 2014, il est affecté en mission chez un grand groupe bancaire. Sa mission est de construire et de déployer des postes informatiques, d'assurer le support de proximité, et de piloter la migration du parc, avec à l'époque Windows 10 dans le viseur. Pourtant, il est davantage formé à l'environnement Linux, pour lequel il a reçu 60 heures de formation en 2013.
Pendant deux ans, le monsieur s'acquitte de ses tâches au sein du service « Support Bureautique » du groupe. Fin 2015, une réorganisation interne crée un GIE (Groupement d'Intérêt Économique) qui centralise les opérations IT, et le technicien y poursuit sa mission dans les mêmes conditions. La direction des ressources humaines du GIE lui confie même le tutorat de deux stagiaires, une initiative du client, pas de son propre employeur. En 2016, la mission prend fin.
Et les choses vont se tendre. Entre 2017 et 2018, le technicien prend un congé individuel de formation, à sa propre initiative, pour décrocher un Master en administration système et réseau. De retour dans les effectifs en 2018, il enchaîne les frictions avec son ESN. Au cœur de la brouille, des missions jugées trop éloignées, des préavis trop courts, des qualifications pas reconnues. En mars 2019, il est licencié pour faute grave.
Windows 7, 8, 10 , le technicien déployait des OS sans y avoir été formé
C'est là que les choses deviennent intéressantes. Dans l'arrêt de la cour d'appel de Rennes, les juges nous apprennent que l'ESN n'a jamais formé son technicien à Windows 7, 8, 8.1 ni 10, des OS sortis entre 2009 et 2015, alors que son travail quotidien chez le client consistait précisément à déployer et migrer ces systèmes. Déployer ce qu'on n'a pas appris à maîtriser, voilà tout le paradoxe documenté par la cour.
Pour les juges, l'employeur « ne justifie pas avoir proposé de formation à son salarié au cours des périodes d'intercontrats afin de maintenir son niveau de compétence dans une matière très évolutive ». Pour une ESN dont le fonds de commerce repose sur l'expertise technique de ses salariés, le constat est un poil piquant.
Il y a une nuance à apporter toutefois ! Les juges estiment que ce défaut de formation n'a causé aucun préjudice direct au technicien. Ses missions lui ont été attribuées normalement, et ses refus répétés s'expliquaient par des raisons personnelles, comme la distance entre son domicile et le client, et non par des lacunes techniques. La demande indemnitaire sur ce point est donc rejetée, faute de préjudice démontré.

Une leçon pour toutes les entreprises qui font leur migration vers Windows 11
Sur le licenciement, les juges ont rendu un verdict disons en demi-teinte. Oui, le technicien a multiplié les comportements problématiques, avec per exemple un épisode assez parlant. En janvier 2019, il a prévenu par e-mail son responsable qu'il ne viendrait pas travailler l'après-midi, alors même que sa demande de congé venait d'être refusée. Un bras de fer assumé avec son employeur. Mais pour les juges, ce type de comportement justifie un licenciement, certes, cependant pas pour faute grave. La nuance est importante, car elle lui permet de toucher ses indemnités, c'est-à-dire 7 214 euros pour le licenciement, et 4 599 euros pour le préavis.
L'arrêt nous réserve aussi un épisode inattendu, côté vie privée. Pour démontrer qu'il était moins bien traité que ses collègues, le technicien avait réclamé le registre du personnel du GIE, un document interne qui liste les salariés et leurs postes. Le GIE le lui a transmis, mais en ayant effacé tous les noms, au nom de la protection des données personnelles, le RGPD étant entré en vigueur un peu plus tôt, le 25 mai 2018. La cour a estimé cette démarche justifiée et a dispensé le GIE de toute pénalité financière. Le droit à la protection des données personnelles, connu pour protéger les particuliers face aux entreprises, a ici servi l'entreprise face à son salarié.
Cet arrêt de la cour d'appel rennaise prend aujourd'hui un certain sens, d'autant plus que depuis octobre 2025, Microsoft ne fournit plus de mises à jour de sécurité pour Windows 10, ce qui pousse des milliers d'entreprises à accélérer leur migration d'OS en urgence. Des techniciens sont et vont probablement être envoyés pour déployer Windows 11 sur des postes professionnels. Le cas de l'acteur principal de notre affaire pose une question simple : auront-ils été formés pour le faire ? Il faut l'espérer.