Les géants américains sont contraints de revoir une bonne partie de leurs plans de data centers. Lumière sur la crise d'infrastructure silencieuse qui menace les ambitions américaines.

On le sait. L'intelligence artificielle (IA) est une machine à consommer de l'énergie. Entraîner un modèle et faire tourner l'inférence en temps réel exige des centres de données toujours plus puissants. C'est donc sans surprise que les mastodontes américains Google, Amazon, Meta et Microsoft prévoient d'injecter ensemble plus de 650 milliards de dollars dans leurs infrastructures IA. Rien qu'en 2026.
Mais visiblement, l'argent ne suffit pas. Malgré ces investissements colossaux, près de la moitié des projets de data centers américains prévus pour cette année risquent d'être retardés ou tout simplement annulés, rapporte Bloomberg. En cause, une pénurie d'équipements électriques.
La demande a explosé
Car avant même d'installer des serveurs ou des puces, il faut acheminer une quantité massive d'électricité, la convertir, la distribuer, et la sécuriser. Trois équipements clés sont nécessaires : les transformateurs, qui adaptent la tension du courant entre le réseau électrique et les installations, les appareillages électriques, qui contrôlent et protègent la distribution électrique à l’intérieur du site, et les batteries, qui assurent une alimentation de secours en cas de coupure.
Ces composants représentent moins de 10 % du coût total d'un data center, mais un retard sur l'un d'entre eux suffit à bloquer l'ensemble du projet. Problème, ils sont aujourd'hui introuvables dans les délais requis. Avant 2020, il fallait compter entre 24 et 30 mois pour se faire livrer un transformateur haute puissance aux États-Unis. De nos jours, les délais peuvent atteindre cinq ans.
Les cycles de déploiement des data centers IA étant inférieurs à 18 mois, l'équation est tout bonnement impossible. La demande a littéralement explosé en quelques années, portée simultanément par l'essor de l'IA, le développement des véhicules électriques et l'électrification des systèmes de chauffage. Chacun nécessite, évidemment, les mêmes équipements auprès des mêmes fournisseurs. En conséquence, environ 12 gigawatts de capacité de data centers sont attendus aux États-Unis en 2026, mais seulement un tiers est actuellement en construction active.

Dépendance à la Chine
La capacité de fabrication américaine d'équipements électriques reste largement insuffisante. Les géants de la tech n'ont donc pas d'autre choix que de se tourner vers les marchés internationaux, avec tout ce que cela implique en termes de délais, de coûts et surtout, de dépendances géopolitiques.
Si le Canada, le Mexique et la Corée du Sud sont devenus leurs principaux fournisseurs, la Chine reste incontournable. Ainsi, les importations américaines de transformateurs chinois sont passées de moins de 1 500 unités en 2022 à plus de 8 000 en 2025. Pékin contrôle aussi plus de 40 % des importations américaines de batteries.
Or, dans un contexte de guerre commerciale intense, cette dépendance est considérée comme une véritable bombe à retardement. À tel point qu'une nouvelle escalade pourrait paralyser des projets entiers. Et à court terme, aucune alternative crédible n'est en vue.