Stardust Solutions publie ses principes éthiques et un cadre de déploiement. Le problème : aucun des deux documents ne révèle la nature de la particule qu'elle compte injecter dans l'atmosphère.

Vendre de l'ombre à la planète entière sans montrer le produit : même les meilleurs commerciaux en rêveraient. © Shutterstock
Vendre de l'ombre à la planète entière sans montrer le produit : même les meilleurs commerciaux en rêveraient. © Shutterstock

L'idée paraît simple. Pulvériser de minuscules particules dans la stratosphère pour renvoyer une fraction du rayonnement solaire et refroidir la planète. Les éruptions volcaniques le font naturellement. Stardust Solutions, startup israélo-américaine, veut le faire industriellement. Comme le rapporte The Atlantic cette semaine, l'entreprise vient de publier deux documents censés rassurer. Le premier : quatre pages de « principes directeurs ». Le second : un cadre de déploiement de 14 pages. Ni l'un ni l'autre ne répond à la question centrale : quelle particule compte-t-elle disperser au-dessus de nos têtes ?

La transparence de façade d'un acteur qui garde ses cartes

Stardust a levé 60 millions de dollars en octobre 2025, un record pour le secteur de la géo-ingénierie solaire. Son PDG, Yanai Yedvab, ancien physicien gouvernemental israélien, promet une particule « aussi sûre que de la farine ». Produite à grande échelle, elle ne coûterait que quelques dollars le kilo.

L'entreprise affirme qu'elle évitera les effets destructeurs connus des aérosols soufrés : pluies acides et appauvrissement de la couche d'ozone. Le problème, c'est que personne ne peut vérifier ces promesses. Stardust attend l'obtention d'un brevet pour dévoiler la composition de sa poudre. En attendant, les experts doivent se contenter de sa parole. « Personne ne sait ce qu'ils comptent envoyer dans la stratosphère, le tout à des fins lucratives. » Le constat vient de Cynthia Scharf, chercheuse spécialisée en géo-ingénierie.

Elle qualifie les nouveaux documents de « litanies complaisantes sur la transparence et la gouvernance responsable ». Holly Jean Buck, chercheuse à l'université de Buffalo, ne dit pas autre chose. Pour elle, le cadre publié ne contient rien de nouveau. Il reprend ce que le milieu académique répète depuis des années. David Keith, professeur à l'université de Chicago et figure du domaine, est plus tranchant. Pour lui, l'idée même d'une particule stratosphérique inerte relève de l'absurde. La contradiction saute aux yeux. Stardust invoque la transparence dans ses principes directeurs, mais protège sa technologie par un brevet. Le milieu de la recherche en géo-ingénierie repose sur l'ouverture des données et la revue par les pairs. Stardust ne coche aucune de ces cases.

Un secteur miné par les tentatives avortées et les interdictions

Le parcours de la géo-ingénierie solaire privée n'incite pas à l'optimisme. En 2023, le Mexique a interdit la pratique après qu'une startup, Make Sunsets, a lâché du dioxyde de soufre dans l'atmosphère via des ballons météorologiques. Un an plus tôt, un projet de Harvard financé depuis 2017 a été abandonné avant même de démarrer. La pression de la communauté scientifique et des populations autochtones locales a suffi.

Au-delà des précédents, le risque structurel inquiète les climatologues. Le scénario le plus redouté porte un nom : le choc de terminaison. Si la dispersion de particules s'arrête brutalement, les températures remonteraient en flèche. Le réchauffement accumulé pendant les années de masquage se libérerait d'un coup. Autrement dit, un engagement de cette nature dure des décennies, voire des siècles. Confier cette responsabilité à une entreprise de 25 personnes financée par du capital-risque pose un problème évident de pérennité.

Le champ est aussi miné par l'absence de cadre réglementaire. La Convention sur la diversité biologique impose un moratoire de fait sur le déploiement. Aucune autorité nationale ou internationale n'a la compétence pour encadrer ce type d'expérimentation. Yedvab assure vouloir être régulé. Il espère que les gouvernements s'accorderont « d'ici quelques années » sur un cadre comparable au Protocole de Montréal. Espérer n'est pas disposer. En attendant, une entreprise privée détient un brevet sur une technologie capable de modifier le climat terrestre. Elle demande au monde de lui faire confiance les yeux fermés.