Vendre la lumière du soleil après le coucher du soleil : c'est le pari d'une start-up californienne qui a convaincu la Silicon Valley. Les astronomes, eux, n'achètent pas.

La question du stockage de l'énergie solaire occupe les ingénieurs depuis des décennies. Les panneaux photovoltaïques cessent de produire exactement quand la demande explose, le soir. Plutôt que de stocker cette énergie au sol, une jeune entreprise a décidé de contourner le problème par le haut. Au sens littéral.
Reflect Orbital, basée à Hawthorne en Californie, propose de déployer des milliers de satellites équipés de miroirs géants. Objectif : renvoyer la lumière du soleil sur Terre après le crépuscule. Comme le rapporte Gizmodo, la Federal Communications Commission (FCC) américaine examine actuellement la demande de licence pour un premier prototype. L'idée n'est pas nouvelle, mais l'encombrement croissant de l'orbite basse rend ce projet particulièrement controversé.
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Reflect Orbital : 28 millions de dollars pour éclairer la nuit depuis l'espace
Reflect Orbital a été fondée en 2021 par Ben Nowack, un entrepreneur de 29 ans passé par Zipline. Le concept repose sur des satellites en orbite basse (environ 600 km d'altitude) portant des miroirs en Mylar. Chaque satellite déploie une surface réfléchissante de 18 mètres sur 18. Orienté le long de la frontière jour/nuit terrestre, il capte les rayons solaires. Puis il les redirige vers une zone ciblée d'environ 5 km de diamètre.
Le premier prototype, baptisé EARENDIL-1, devrait être lancé dès avril 2026 si la FCC accorde son feu vert. La feuille de route prévoit 1 000 satellites à la fin de l'année 2028, 5 000 en 2030, puis 50 000 à l'horizon 2035. Un chiffre qui dépasse de cinq fois la plus grande constellation actuelle.
Pour financer cette ambition, Reflect Orbital a levé 28 millions de dollars auprès de Sequoia Capital, Lux Capital et Starship Ventures. L'armée de l'Air américaine a également accordé un contrat de 1,25 million de dollars pour explorer les applications militaires. L'entreprise revendique plus de 260 000 demandes provenant de 157 pays. Le tarif envisagé : environ 5 000 dollars par heure de lumière réfléchie par miroir.
La société cible en priorité les fermes solaires, qui perdent leur rentabilité chaque soir. Elle évoque aussi l'éclairage de zones sinistrées, de chantiers isolés ou même de villes entières. Un catalogue de promesses impressionnant.
Pourquoi les chiffres de Reflect Orbital ne tiennent pas face à la physique
Reste un détail : les mathématiques. Michael Brown, astronome à l'université Monash en Australie, a fait le calcul. Un miroir de cette taille renvoie un faisceau environ 15 000 fois plus faible que le soleil de midi. Pour atteindre ne serait-ce que 20 % de cette intensité sur un seul site, il faudrait plus de 3 000 satellites concentrés au même endroit. Chaque miroir n'éclaire un point donné que quelques minutes avant de poursuivre sa course orbitale. Fournir une heure continue de lumière sur une zone nécessiterait une chaîne de relais permanente.
Les critiques ne s'arrêtent pas à la physique. Les astronomes alertent sur l'impact déjà documenté des mégaconstellations sur l'observation spatiale. Un astrophysicien de l'Union astronomique internationale a averti que ce projet équivaudrait à avoir une pleine lune permanente chaque nuit. DarkSky International demande un examen environnemental complet avant toute autorisation.
Le problème réglementaire est tout aussi préoccupant. La FCC n'a aucune obligation d'évaluer l'impact écologique d'un satellite. Aucune agence fédérale ne mesure aujourd'hui l'effet de miroirs orbitaux sur la faune ou les rythmes circadiens. Et personne ne rend de comptes sur la sécurité d'une orbite déjà saturée de débris. Siegfried Eggl, codirecteur du Centre de protection du ciel à l'Union astronomique internationale, souligne un risque rarement évoqué. Si un débris percute un miroir, celui-ci devient un projecteur incontrôlable balayant la surface terrestre.
Et pendant que Reflect Orbital vend du rêve orbital, les solutions de stockage terrestre progressent. Batteries à grande échelle, gestion intelligente du réseau, flexibilité de la demande : les alternatives terrestres ne manquent pas. Aucune ne nécessite de lancer 50 000 objets supplémentaires dans un espace déjà encombré. Un groupe d'astronomes l'a résumé dans un communiqué collectif : des solutions terrestres existent déjà pour la plupart des problèmes que ce service prétend résoudre.
Au fond, Reflect Orbital illustre moins une percée technologique qu'un certain folklore du capital-risque. Un récit séduisant, un marché colossal sur le papier. Et des investisseurs prêts à signer avant que la gravité ne les rattrape.