Un recours collectif accuse Perplexity AI d'avoir transmis les conversations de ses utilisateurs à Meta et Google via des traqueurs publicitaires dissimulés, et ce depuis fin 2022, même pour ceux qui utilisaient le mode navigation privée.

Comme c'est l'usage pour la préservation de l'anonymat aux États-Unis, John Doe dans la plainte, a utilisé Perplexity pour gérer ses impôts, évaluer des investissements et réfléchir à ses placements. Il pensait tout bonnement que ces échanges restaient privés. Selon la plainte de 135 pages déposée devant la juridiction fédérale du district nord de Californie, chaque message qu'il a tapé aurait été transmis en temps réel à Meta et Google, y compris son adresse e-mail et son identifiant Facebook, avant même que Perplexity ne les traite. Au sein du code du moteur de recherche IA, on retrouve les traqueurs Pixel Meta de Facebook, Google Ads et Google DoubleClick.
Un mode « incognito » qui ne protège rien
Perplexity propose à ses utilisateurs un mode de navigation privée pour créer des fils de discussion anonymes qui n'apparaissent pas dans l'historique et expirent au bout de vingt-quatre heures. Sauf que, d'après la plainte, ce mode ne coupe pas l'accès des traqueurs aux conversations. Les utilisateurs qui avaient activé cette navigation privée ont malgré tout vu leurs échanges transmis à Meta et Google, adresses e-mail comprises.
Techniquement, Meta recommande à ses partenaires d'utiliser conjointement son pixel et son API de conversions, précisément parce que cette combinaison contourne les bloqueurs de traqueurs. Autrement dit, même un utilisateur averti qui désactive les cookies ou utilise une extension de blocage publicitaire n'est pas à l'abri.
Perplexity, par la voix de son directeur des communications Jesse Dwyer, a déclaré ne pas avoir été formellement notifié de la plainte et ne pas être en mesure d'en vérifier l'existence. Google a pour sa part indiqué que les entreprises partenaires sont responsables d'informer leurs propres utilisateurs sur la collecte de données, mais également de préciser que les données envoyées à Google Analytics ne permettent pas par défaut d'identifier les individus.

Ce que les utilisateurs confient à une IA… et à qui
Encore une preuve que les gens partagent avec les IA des informations qu'ils n'oseraient pas confier à un humain. Des études citées dans la plainte montrent que beaucoup se tournent vers ces outils pour des questions de santé, de sexualité ou d'identité, justement parce qu'aucun interlocuteur humain n'est impliqué. Perplexity serait d'ailleurs conçu pour pousser les utilisateurs à en dire plus, en posant des questions de relance du type « donnez-moi plus de détails sur votre plan de traitement ».
Or, si ces données atterrissent chez Meta et Google avec des identifiants personnels, elles peuvent alimenter un ciblage publicitaire très précis, voire intrusif. Un utilisateur qui a évoqué un traitement contre le cancer pourrait se retrouver ciblé par des publicités médicales, sans jamais avoir consenti à ce que cette information sorte de sa conversation.
Le recours collectif couvre toute personne ayant utilisé Perplexity entre le 7 décembre 2022 et le 4 février 2026, à l'exclusion des abonnés aux formules Pro et Max. Les abonnés payants sont écartés parce que John Doe n'a jamais souscrit à ces offres et ne peut donc pas les représenter valablement, selon la plainte. Si les tribunaux lui donnent raison, chaque infraction pourrait entraîner des dommages-intérêts supérieurs à 5 000 dollars, pour des millions de conversations concernées.
Source : Ars Technica