Après 6 ans d'existence, cinq millions d'utilisateurs, et 60 téraoctets de contenu piraté AnimePlay vient d'être fermée par l'ACE, la coalition anti-piratage qui réunit Disney, Netflix, Sony et une cinquantaine d'autres studios. Tout a été démantelé.

C'était à peine croyable. Depuis Riau, une province côtière de Sumatra, un développeur indonésien faisait tourner seul, depuis 2020, l'une des plus grandes plateformes de streaming illégal d'anime en Asie-Pacifique. AnimePlay comptait plus de 5 millions d'utilisateurs inscrits, quasi exclusivement en Indonésie, et stockait 60 téraoctets de séries et films d'animation japonaise. L'Alliance pour la créativité et le divertissement , l'ACE, a annoncé cette semaine la fermeture totale du service.
AnimePlay rayé de la carte du streaming illégal d'anime
L'opérateur a remis à l'ACE l'intégralité de ce qui faisait fonctionner AnimePlay : 29 dépôts GitHub avec l'ensemble du code source, les serveurs backend, les bases de données, les outils publicitaires intégrés et 15 noms de domaine. Tout a été mis hors ligne.
Jusqu'ici, la stratégie classique contre le streaming illégal consistait à couper l'accès, donc bloquer un site, saisir un domaine et obtenir une injonction. En pratique, les opérateurs relançaient leur service ailleurs en quelques semaines, parfois en quelques jours, sous un autre nom, comme ça a été le cas avec T411.
Mais là, l'ACE a pris le code source lui-même. Autrement dit, même si l'opérateur voulait reconstruire AnimePlay depuis zéro, il faudrait repartir d'une feuille blanche, sans sa base de données d'utilisateurs, sans son infrastructure publicitaire, sans ses outils de streaming déjà rodés.
« ACE a effectivement démantelé l'exploitation et empêché l'opérateur de reconstruire ou de relancer le service », confirme Larissa Knapp, vice-présidente exécutive et responsable de la protection du contenu de la Motion Picture Association.

Un premier APK fermé en Indonésie
Dans son communiqué de presse, l'ACE parle de l'importance de la « première fermeture réussie d'un APK en Indonésie ». Les fichiers APK sont des paquets d'installation Android distribués en dehors du Play Store, souvent via des liens directs ou des forums. C'est un format particulièrement difficile à traquer et à bloquer, car il échappe aux mécanismes de modération des stores officiels.
En Asie du Sud-Est, une portion importante du marché des applis passe par ces canaux alternatifs, pour des raisons qui mélangent contraintes économiques, habitudes culturelles et disponibilité limitée des services légaux dans certains pays. AnimePlay avait naturellement adopté ce mode de distribution pour toucher un public qui n'aurait pas nécessairement téléchargé l'appli via Google Play. Fermer un APK, c'est donc neutraliser toute une couche de distribution contre lesquels les outils anti-piratage traditionnels, comme les blocages DNS ou les signalements aux stores, ne peuvent tout simplement rien.
En novembre 2025, l'ACE avait déjà fermé Photocall, une plateforme de streaming TV illégal avec plus de 26 millions d'utilisateurs annuels. AnimePlay était plus petite, mais la méthode technique et juridique avance et visiblement, s'avère très efficace.
Mais est-ce que les 5 millions d'utilisateurs d'AnimePlay vont se tourner vers les alternatives légales telles Crunchyroll ?
Source : ACE