Des ouï-dire évoquant l’arrivée imminente de Windows 12 ont récemment circulé, annonçant un système entièrement repensé et centré sur l’intelligence artificielle. Ils s’appuient pourtant sur des informations anciennes et des spéculations recyclées, amplifiées au fil des reprises automatisées.

Windows 12 n’arrivera pas en 2026 : comment une rumeur dopée à l’IA a enfumé le web. © Shutterstock
Windows 12 n’arrivera pas en 2026 : comment une rumeur dopée à l’IA a enfumé le web. © Shutterstock

Ces derniers jours, l’idée d’un Windows 12 lancé dès 2026 s’est propagée à très grande vitesse sur le web. Plusieurs articles ont en effet affirmé que Microsoft préparait une nouvelle version du système avec une interface entièrement revisitée, une intégration renforcée de l’IA et, pour certains, de possibles fonctions accessibles par abonnement.

Mais à y regarder de plus près, une grande partie de ces informations reposait en réalité sur des projets vieux de plusieurs années ou sur des interprétations discutables de fuites techniques. Plusieurs spécialistes de l’écosystème Windows ont d’ailleurs rapidement contesté ces affirmations, en pointant des éléments sortis de leur contexte ou déjà abandonnés, que des contenus générés ou amplifiés par l’IA n’ont fait que reprendre et amplifier jusqu’à leur donner des airs de vérité établie.

D’un papier de rumeurs à la prophétie Windows 12

Tout est parti d’un article de PCWorld, publié le 4 mars. Le texte se voulait une synthèse de ce que l’on « sait » sur un éventuel Windows 12 et alignait une série d’indices présentés comme autant de signes avant-coureurs, en s’appuyant sur des noms de code, des fuites d’interface et différentes hypothèses autour d’une intégration plus profonde de l’IA. L’ensemble donnait l’impression d’un mouvement coordonné, alors qu’il agrégeait en réalité des éléments issus de périodes très différentes du développement de Windows, évoquant le nom de code Hudson Valley Next, décrivant une architecture modulaire inspirée de CorePC, présentant l’IA comme pièce maîtresse du système, avançant un seuil de quarante TOPS pour les NPU et l’idée de fonctionnalités IA premium proposées sur abonnement.

Dans les heures qui ont suivi, TechRadar a repris ces éléments en les resituant dans le flot de rumeurs accumulées au fil des ans, avec un ton plus prudent et un scepticisme assumé sur l’hypothèse d’une sortie dès 2026. Mais le titre, qui insistait lui aussi sur un Windows 12 très orienté IA et sur la possibilité d’options liées à l’abonnement, s’est propagé bien plus vite que les nuances de l’article, et il n’en a pas fallu beaucoup plus pour mettre le feu aux poudres.

Dans la foulée, des sites comme Notebookcheck ou Gigazine, qui se fait le relais de l’actualité internationale, ont repris le sujet à leur tour, puis les liens ont circulé sur des forums comme AskWoody ou Reddit, et sur les réseaux sociaux. Au final, parce que deux articles perçus comme sérieux faisaient état de ces rumeurs, parfois lus trop vite ou sans toutes leurs précautions, la multiplication des reprises a suffi à donner du poids à l’histoire, alors qu’elle ne reposait sur aucun élément réellement tangible.

Windows 12 ? Non, juste des concepts non officiels. © AR 4789 via YouTube
Windows 12 ? Non, juste des concepts non officiels. © AR 4789 via YouTube

Hudson Valley, CorePC et les fantômes de 2023

Très vite, plusieurs spécialistes ont remis en cause la solidité des informations relayées. Le premier contrefeu est venu de Windows Central, sous la plume de Zac Bowden, qui, dans un article au titre explicite, a soutenu mordicus que le Windows 12 censé arriver cette année n’existait pas. En s’appuyant sur des sources qu’il décrit comme bien informées chez Microsoft, il a au contraire réaffirmé que 2026 devait être consacrée à redorer l’image de Windows 11, en répondant aux principaux griefs des utilisateurs, à commencer par la surcharge liée à l’IA dans l’interface, la correction des bugs les plus visibles et le retour attendu de la barre des tâches déplaçable.

Il en a également profité pour remettre les points sur les i concernant Hudson Valley et CorePC, le premier renvoyant au nom de code pour un cycle de développement déjà absorbé dans Windows 11 24H2, le second à un projet exploratoire de Windows plus modulable testé en interne la même année, jamais transformé en produit grand public ni visible dans les versions actuelles du système.

Sur X, phantomofearth est venu enfoncer le clou, estimant que tout ce récit sentait 2023 à plein nez et rappelant que la description d’une barre des tâches aux coins arrondis, d’indicateurs système déplacés en haut à droite et d’une grande barre de recherche centrée reprenait trait pour trait une maquette dévoilée lors de l'Ignite 2022, et non l’état actuel du développement d’un supposé Windows 12.

Une rumeur amplifiée par l’IA

Si la rumeur a pris autant d’ampleur, c’est aussi en raison de la manière dont circulent désormais les informations sur le web. Windows Latest a ainsi retracé le parcours du texte de PCWorld et démontré comment plusieurs sites, largement alimentés par des contenus générés ou réécrits à l’IA, avaient repris les mêmes éléments en boucle, les réécrivant, les réorganisant, puis se citant mutuellement comme s’il s’agissait de sources indépendantes. À l’arrivée, un même noyau d’informations datées, amputé de toutes nuances, décliné à l’infini, et donnant à chaque reprise un peu plus d’épaisseur à l’ensemble.

Entre-temps, PCWorld a fini par ajouter une note éditoriale reconnaissant que l’article, traduction d’un papier initialement publié par PC-Welt, ne respectait pas les standards habituels du média, en particulier dans sa première version, qui ne citait pas correctement ses sources. Une mise au point nécessaire, mais arrivée trop tard, le contenu original ayant déjà été indexé, résumé par des IA, recyclé par d’autres sites qui n’en avaient retenu que les passages les plus accrocheurs, diffusé sur des forums ayant eux-mêmes servi de nouvelles sources pour d’autres contenus générés automatiquement.

Ce que Microsoft prépare vraiment pour Windows

Pendant que l’idée d’un Windows 12 fait le tour du web, la réalité côté Microsoft s’avère beaucoup plus prosaïque. Toujours d’après Zac Bowden, tout l’enjeu de cette année consiste plutôt à rendre l’édition actuelle plus acceptable pour celles et ceux qui y migrent, parfois à contrecœur, après des années passées sous Windows 10.

Car c’est surtout de ça qu’il s’agit. Redmond doit encore composer avec la fin programmée du support étendu de Windows 10 pour le grand public en octobre 2026, donc continuer à travailler sur la stabilité et l’unification du parc, pas se lancer dans un nouveau chantier qui risquerait, au contraire, de fragmenter encore un peu plus un écosystème qu’elle peine déjà à rassembler autour de Windows 11.

Les informations qui filtrent des prochaines versions de Windows vont d’ailleurs dans le même sens. Il est question de travail de fond sur la plateforme, d’optimisations pour les PC ARM et d’ajustements autour de l’usage de l’IA, bref, de consolidation plutôt que d’un nouveau système prêt à débarquer.

Et Windows 12, dans tout ça ?

L’existence d’une prochaine génération de Windows n’est évidemment pas exclue. Microsoft travaille en permanence sur de nouvelles architectures, sur des pistes de modularité et sur l’intégration plus fine de l’IA dans le système. Mais pour l’instant, aucune annonce officielle ne vient étayer l’arrivée d’un Windows 12, ni même confirmer qu’une future version porterait ce nom. L’éditeur a déjà changé plusieurs fois de stratégie de numérotation, sauté des versions, multiplié les éditions intermédiaires et pourrait très bien choisir de continuer à étirer Windows 11 par paliers successifs plutôt que de signer une rupture nette avec un nouveau numéro.

On rappellera aussi qu’en pratique, une partie de ce que l’on attend d’ordinaire d’une nouvelle génération se construit déjà au fil des mises à jour de l’OS existant. Les travaux sur les PC ARM, l’accent mis sur les machines Copilot, les ajustements répétés de l’interface et des fonctions connectées s’agrègent progressivement dans Windows 11 sans passer par un écran de démarrage rebaptisé. La question n’est donc pas de savoir comment s’appellera le prochain Windows, mais à quel moment Microsoft jugera utile de coller une nouvelle étiquette sur un mouvement déjà engagé.

  • Refonte graphique de l'interface réussie
  • Snap amélioré
  • Groupes d'ancrage efficaces
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