La Commission européenne a officiellement enregistré, mercredi, l'Initiative Citoyenne Européenne « European Public Social Network » qui ouvre la voie à un réseau social public à l'échelle de l'Union, qui ne coûterait presque rien aux citoyens.

L'Europe veut créer un réseau social public et voici comment elle compte s'y prendre. © Jacek Wojnarowski / Shutterstock
L'Europe veut créer un réseau social public et voici comment elle compte s'y prendre. © Jacek Wojnarowski / Shutterstock

Pour concurrencer les géants des réseaux sociaux que sont Instagram, TikTok, Facebook et autres, l'Union européenne est en train de faire avancer une initiative citoyenne assez particulière. Celle-ci a pour but d'aboutir à la naissance d'une plateforme financée par les habitants de la zone, qui serait sans publicité ni revente de données personnelles de ses utilisateurs, et qui serait dotée d'algorithmes transparents. Bruxelles vient d'en valider les prémices, ce mercredi 4 mars, et la collecte des signatures démarre enfin.

L'initiative citoyenne qui a failli ne jamais voir le jour

Il y a plusieurs semaines, le 7 décembre dernier très exactement, deux citoyens tchèques, Lukáš Mikulecký et František Tichý, soumettaient leur initiative à Bruxelles. Le 5 janvier 2026, la Commission européenne l'avait refusée. Pour elle, leur texte ne demandait pas clairement à la Commission de rédiger une loi, or c'est précisément ce qu'une Initiative Citoyenne Européenne doit exiger pour être recevable.

Les deux compères n'ont pas baissé les bras, et ils ont remis sur le bureau de la Commission un texte amendé, c'était le 5 février 2026. Plus claire, mieux argumentée sur le plan juridique, la nouvelle version s'appuie notamment sur un article du traité européen qui encadre le bon fonctionnement du marché intérieur. Cette fois, la Commission a validé l'initiative et l'a enregistrée officiellement, ce mercredi précisément.

Avant d'évoquer les détails, il convient de ne pas s'emballer. Enregistrer l'initiative ne signifie pas que la Commission va agir, non. Cela veut juste dire qu'elle a le droit de le faire si elle le souhaite. Bruxelles ne s'engage sur rien pour l'instant. Le fond du dossier ne sera véritablement examiné qu'une fois le million de signatures atteint.

À quoi ressemblerait vraiment ce réseau social public européen à 1 euro par an

Le financement imaginé est, pour ainsi dire, aussi simple qu'original. Dans l'esprit, chaque Européen connecté à internet contribuerait à parts égales au coût de la plateforme. Les porteurs du projet estiment que cela reviendrait à verser environ 1 euro par an, soit 8 centimes par mois. En échange, aucune publicité, aucun actionnaire à satisfaire, aucune donnée personnelle à monnayer. On peut dire que sur le papier, ça vaut le coût.

En ce qui concerne les fonctionnalités, le projet met la transparence algorithmique au cœur du dispositif. Plutôt qu'un fil d'actualité imposé, les utilisateurs pourraient choisir eux-mêmes leur algorithme d'affichage, une façon de court-circuiter les bulles informationnelles et la recommandation à outrance. Quant aux fausses informations, elles ne seraient pas supprimées mais contextualisées, accompagnées de mises en garde sur leur inexactitude. Un système de vérification d'identité transparent éliminerait les faux comptes à la source.

L'Europe a peut-être trouvé une alternative aux réseaux sociaux mondiaux. © Tada Images / Shutterstock
L'Europe a peut-être trouvé une alternative aux réseaux sociaux mondiaux. © Tada Images / Shutterstock

La gouvernance, elle, reposerait sur des organes de supervision indépendants, désignés par le Parlement européen et le Conseil de l'UE. Des entreprises et universités pourraient être associées à la conception et au fonctionnement de la plateforme. Un équilibre institutionnel ambitieux, pensé pour tenir la politique à distance.

Un million de signatures à récupérer dans l'Union européenne

Les organisateurs ont six mois pour lancer officiellement leur collecte de signatures, puis douze mois pour convaincre. L'objectif est d'atteindre un million de signataires, issus d'au moins sept pays de l'Union. Si ce cap est franchi, la Commission sera légalement obligée de répondre, ce qui est la règle pour toute initiative citoyenne européenne.

Et si l'Europe tenait enfin son alternative aux mastodontes des réseaux sociaux ? Le contexte est plus que jamais favorable. La méfiance envers les grandes plateformes n'a jamais été aussi visible en Europe, entre questions de modération, ingérences étrangères présumées et opacité des algorithmes. Les organisateurs ne s'en cachent pas et citent explicitement le cas Cambridge Analytica et les campagnes de désinformation, contre lesquelles la France essaie de lutter, comme arguments centraux de leur démarche.

Sans oublier que depuis l'adoption du Digital Services Act (DSA), l'Europe cherche à reprendre la main sur son espace numérique. Créer une plateforme publique serait un saut qualitatif inédit, pour sortir de la dépendance aux acteurs privés existants, et être sous contrôle citoyen désintéressé. Est-ce utopique ? Peut-être. Mais voté démocratiquement, ça changerait tout.