Speedtest et DownDetector, consultés des dizaines de millions de fois chaque jour, viennent d'être cédés pour 1,2 milliard de dollars. L'acheteur n'a rien d'une entreprise technologique grand public.

Ookla Speedtest © Shutterstock
Ookla Speedtest © Shutterstock

Depuis 2014, Ookla appartenait à Ziff Davis, un groupe de médias numériques américain connu pour des titres comme IGN ou Mashable. Hier, Ziff Davis a officialisé la vente de sa division Connectivité à Accenture, un cabinet de conseil en technologies dont le siège est établi à Dublin. Pour saisir la portée de cet accord, il faut regarder au-delà des outils grand public et comprendre ce que représente Ookla comme infrastructure de données.

Ce que comprend réellement la transaction

L'opération porte sur l'ensemble de la division Connectivité de Ziff Davis. Sont cédés Speedtest, l'outil de mesure de débit le plus utilisé au monde. Et DownDetector, la référence mondiale pour le suivi des pannes en temps réel. Mais aussi Ekahau, outil professionnel de diagnostic Wi-Fi en entreprise, et RootMetrics, spécialisé dans les performances mobiles sur le terrain.

À eux quatre, ces actifs génèrent plus de 250 millions de tests mensuels, en captant plus de 1 000 données par test, du terminal jusqu'à l'application. La division emploie environ 430 personnes, entre ingénieurs logiciels, spécialistes des fréquences radio et analystes de données.

En 2025, la division a dégagé 231 millions de dollars de revenus, soit environ 16% des recettes totales de Ziff Davis. Le prix payé, 1,2 milliard de dollars en numéraire, représente un peu plus de cinq fois ces revenus annuels. L'accord reste soumis aux conditions habituelles de clôture, attendues dans les prochains mois. À l'annonce de la transaction, l'action Ziff Davis a bondi de plus de 45%. Le groupe prévoit de consacrer une partie des fonds au remboursement de 872 millions de dollars de dettes. Ces dettes avaient été révélées lors de ses derniers résultats trimestriels.

Pourquoi Accenture mise sur la mesure de réseau

Ce rachat n'a rien d'un intérêt pour des testeurs de connexion. Accenture, dont le modèle repose sur des contrats avec les grandes entreprises et les administrations, acquiert surtout un flux de données massif, en temps réel, difficile à constituer autrement.​

La directrice générale du groupe, Julie Sweet, a justifié l'opération avec une formule sans ambiguïté : « les réseaux modernes sont devenus des plateformes critiques pour les entreprises. » Sans capacité à en mesurer la performance, impossible d'en tirer de la valeur. Accenture entend donc croiser les données d'Ookla avec ses propres offres de services. L'objectif couvre la détection de fraude bancaire via l'analyse d'anomalies réseau, la supervision d'infrastructures d'intelligence artificielle pour les grands fournisseurs de services cloud, ou encore le pilotage du trafic en grande distribution.

Ce que révèle ce rachat, c'est une bascule plus profonde dans le secteur du conseil. Les grands acteurs cherchent à bâtir des revenus récurrents sur des données propriétaires, plutôt que de dépendre de missions ponctuelles. Ookla leur offre exactement cette matière première. Des centaines de millions d'utilisateurs alimentent la plateforme chaque mois, sans en avoir vraiment conscience.