Treize ans après son premier smartphone, la société finlandaise Jolla revient avec un nouveau terminal sous Sailfish OS. Ce système d'exploitation basé sur Linux, sans aucune dépendance à Google. Assemblé en Finlande et commercialisé à 649 euros, le Jolla Phone se positionne comme une alternative au duopole Android/iOS.

SailFishOS peut-il devenir l'alternative européenne à iOS et Android ?
SailFishOS peut-il devenir l'alternative européenne à iOS et Android ?

Le Jolla Phone vient d'être présenté au Mobile World Congress 2026 de Barcelone, avec plus de 10 000 précommandes enregistrées depuis sa présentation en décembre 2025. Les premières livraisons sont prévues fin juin, uniquement en Union européenne, au Royaume-Uni, en Norvège et en Suisse.

Un système Linux sans aucune filiation avec Android

Mais Jolla a connu plusieurs difficultés. En 2015, l'entreprise avait abandonné sa tablette avant de scinder ses activités pour se recentrer sur la vente de licences Sailfish OS à des gouvernements et des constructeurs automobiles. Jolla avait notamment vendu des licences à la Russie. Après l'invasion de l'Ukraine, la rupture de ces contrats a forcé une restructuration. L'ancienne direction a racheté les actifs via une nouvelle entité nommée Jollyboys et relancé la marque. En 2024, Jolla a lancé le C2 avec un partenaire turc.

Sailfish OS se distingue des alternatives "dégooglisées" comme /e/OS de Murena (France) ou GrapheneOS (Canada). Ces deux systèmes reposent sur l'AOSP, la version libre d'Android, et doivent ainsi retirer toute trace de Google. De son côté, Sailfish OS est construit directement sur Linux, sans aucune filiation avec Android : il n'y a donc rien à "dégoogliser." En contrepartie, certains estiment que le système est moins sécurisé que GrapheneOS, lequel isole chaque application dans un environnement cloisonné pour limiter les risques.

L'appareil peut malgré tout faire tourner des applications Android via une couche de compatibilité. Au premier démarrage, le téléphone propose d'installer MicroG - un logiciel open source permettant d'émuler les services Google Play sans passer par Google. MicroG permet de faciliter la transition des utilisateurs venant d'un smartphone classique. Aucun compte Sailfish OS n'est requis pour utiliser le téléphone.

sailfishos

Des smartphones assemblés en Finlande

Le nouveau Jolla Phone est fabriqué à Salo, dans l'ancienne usine Nokia. Ses composants viennent de plusieurs pays. On y retrouve une puce MediaTek Dimensity 7100 5G (Taïwan), des capteurs photo Sony de 50 et 13 mégapixels, et de la mémoire SK Hynix (Corée du Sud). Sami Pienimäki, PDG de Jolla Mobile, reconnaît ouvertement l'usage de composants chinois mais souligne que l'assemblage logiciel réalisé en Finlande protège l'intégrité du produit.

Compatible Wi-Fi 6 et prévu pour le mois de septembre, le smartphone se positionnera sur le milieu de gamme. Il affiche un écran AMOLED 6,36 pouces en 1080p, 8 ou 12 Go de RAM, 256 Go de stockage extensible par microSD, une batterie de 5 500 mAh. Notons au passage que la batterie peut être remplacée par l'utilisateur. Trois coloris seront proposés : blanc, noire, ou orange.

Antti Saarnio, président du groupe Jolla, reconnaît que l'appareil vise une audience de niche et que la majorité des utilisateurs Android et iOS ne changeront pas de plateforme. Pour atteindre des volumes plus significatifs, il mise sur l'IA et de nouveaux formats mobiles - notamment via Mind2, un module en développement qui se branche sur un PC et connecte un assistant IA aux applications locales comme l'e-mail ou le calendrier, sans accès au cloud. Son intégration au Jolla Phone est prévue dans le courant de l'année.