Richard Stallman, fondateur du projet GNU, a donné une conférence de près de 2h30 à l'institut Georgia Tech le 23 janvier dernier. Le militant du logiciel libre de 72 ans y a critiqué le paysage de l'industrie tech actuelle : il critique à tour de rôle l'intelligence artificielle, les voitures connectées et les smartphones.

Le père du logiciel libre reste aussi intransigeant qu'avant et ne mâche toujours pas ses mots. Lors d'une intervention à l'université Georgia Tech, Richard Stallman a enchaîné les attaques contre ce qu'il considère comme les dérives technologiques contemporaines. Un discours intransigeant, cohérent avec les positions qu'il défend depuis des décennies, mais qui prend une résonance particulière alors qu'il avait quitté la présidence de la Free Software Foundation en 2019 suite à une controverse liée à l'affaire Epstein.
De l'intelligence artificielle à l'intelligence factice
Stallman refuse catégoriquement d'utiliser le terme "intelligence artificielle" pour qualifier les grands modèles de langage. Sa critique est directe : ces systèmes ne comprennent rien et ne savent rien. "Ils génèrent du texte sans vraiment saisir ce qu'il signifie", martèle-t-il. Ces outils produisent des erreurs "sans sourciller virtuellement", rendant leur production totalement non fiable.
Le fondateur du projet GNU propose de les rebaptiser "Pretend Intelligence" (PI), soit "Intelligence Factice". Cette terminologie vise à contrer une campagne marketing qui pousse les utilisateurs à confier leur vie quotidienne à ces systèmes et aux entreprises qui les contrôlent. Stallman rappelle qu'aucun de ces modèles n'est distribué sous licence libre, ce qui pose problème dans son approche du numérique comme espace de liberté.
Un projet de voitures déconnectées
Le militant poursuit avec les voitures modernes, truffées de fonctionnalités qu'il qualifie de malveillantes. "Les voitures ne devraient pas être connectées. Elles ne devraient rien télécharger", affirme-t-il. Stallman annonce chercher un mécanicien qualifié pour travailler avec lui sur un projet de voitures déconnectées, un retour aux véhicules sans télémétrie ni transmission de données.
Les smartphones ne trouvent pas davantage grâce à ses yeux. Il les qualifie de "dispositifs de surveillance et de pistage orwelliens" et refuse d'en posséder un. Pour ses déplacements, Stallman utilise un ThinkPad suffisamment ancien pour lui permettre de désactiver le Management Engine d'Intel. Son système d'exploitation reste Trisquel, une distribution GNU/Linux entièrement libre.
Stallman a terminé sa conférence en évoquant sa mortalité. "Je vieillis. Je serai peut-être encore vivant dans dix ans, mais je ne compterais pas là-dessus", confie celui qui a consacré sa vie aux libertés numériques. Une déclaration qui souligne la fragilité du combat pour le logiciel libre face aux géants technologiques, alors que le militant admet ne pas pouvoir contrôler l'avenir du mouvement qu'il a contribué à créer.
Logiciel libre : 15 minutes avec Richard Stallman