Si vous pensiez que les plus gros soucis de OnePlus concernaient les mises à jour d’OxygenOS, détrompez-vous. Pete Lau, figure emblématique de la marque, est désormais visé par un mandat d’arrêt à Taïwan. Motif ? Un vaste réseau de recrutement illégal.

Pete Lau - © Reuters
Pete Lau - © Reuters

Le parquet du district de Shilin, à Taipei, a officiellement émis un mandat d’arrêt contre Pete Lau, cofondateur de OnePlus et dirigeant clé du groupe OPLUS (Oppo/OnePlus). Pour saisir la gravité de l’affaire, il faut regarder au-delà du simple fait divers : c’est une illustration brutale de la guerre technologique froide qui se joue actuellement en Asie. Alors que la marque tentait de redorer son blason avec ses derniers modèles, cette affaire judiciaire vient placer une épée de Damoclès au-dessus de sa tête pensante.

Un système offshore pour siphonner les talents

Les faits reprochés à Pete Lau et à ses collaborateurs locaux sont d’une précision chirurgicale. Selon l’acte d’accusation rapporté par Bloomberg et Android Authority, OnePlus aurait mis en place une structure complexe pour contourner les lois taïwanaises strictes sur les investissements chinois.​

Concrètement, l’entreprise n’a pas débarqué avec son logo et ses contrats officiels. L’accusation décrit un montage passant par une société écran basée à Hong Kong, qui aurait ensuite ouvert une filiale à Taïwan sous un nom d’emprunt : « OnePlus Hong Kong Technology Co., Ltd. Taiwan Branch », puis plus discrètement « Hong Kong Sonar Company ». Ce paravent aurait permis de recruter illégalement plus de 70 ingénieurs locaux spécialisés en R&D entre 2015 et 2021.​

L’ampleur financière du dossier confirme qu’il ne s’agissait pas d’un petit bureau improvisé. Les procureurs estiment que près de 2,3 milliards de nouveaux dollars de Taïwan (environ 71 millions de dollars américains) ont transité vers cette structure pour payer les salaires et les frais de fonctionnement. Deux collaborateurs taïwanais ont d’ailleurs été inculpés pour avoir facilité ces opérations, risquant des peines de prison pour violation de la loi régissant les relations entre les populations de la zone de Taïwan et de la zone continentale.

Quand le "Silicon Shield" se referme sur la Chine

Il serait naïf de voir ici une simple irrégularité administrative. L’île, leader mondial des semi-conducteurs et de l’ingénierie de pointe, considère le débauchage de ses ingénieurs par des firmes chinoises comme une menace directe pour sa sécurité nationale.​

OnePlus 15 © Pierre Crochart pour Clubic.com
OnePlus 15 © Pierre Crochart pour Clubic.com

OnePlus, souvent perçu en Occident comme l’agitateur cool du marché mobile, est ici rattrapé par sa réalité structurelle : celle d’un géant chinois (sous l’égide de BBK Electronics) cherchant à capter le savoir-faire là où il est le meilleur. Ce n’est pas la première fois que Taipei tape du poing sur la table : des entreprises comme SMIC ont déjà été visées par des raids similaires. Mais viser personnellement un P.-D.G. de l’envergure de Pete Lau est un signal fort. C'est un avertissement lancé à toute la Tech chinoise : le pillage de compétences via des sociétés-écrans ne sera plus toléré.​

Pour l’utilisateur final, cela ne changera probablement rien au fonctionnement de son smartphone demain matin. Mais pour l’image de marque de OnePlus, qui a bâti sa légende sur la transparence et la proximité communautaire, c’est une tache indélébile. Pete Lau, qui réside vraisemblablement en Chine continentale, ne risque pas l’extradition immédiate, mais sa liberté de mouvement internationale pourrait se compliquer sérieusement.