Olivier PUJOL : Cytale, le livre à l'heure de la distribution numérique

Par Jérôme Bouteiller
le 21 novembre 2001 à 00h00
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Président de Cytale, Olivier PUJOL présente sa solution de lecture numérique et fait le point sur la dématéralisation du livre.

Président de Cytale, Olivier PUJOL présente sa solution de lecture numérique et fait le point sur la dématéralisation du livre.

JB - Monsieur Pujol, bonjour. En quelques mots, pourriez vous présenter votre parcours ?

OP - Bonjour. Diplômé de l'École Centrale de Paris, j'ai été pendant plusieurs années ingénieur dans le secteur pétrolier, puis consultant. Lors de mes nombreux voyages, j'ai fait la cruelle expérience du poids des livres, et de la difficulté de se les procurer. Après un MBA à l'Insead en 1995, je me suis réorienté vers la stratégie et les fusions-acquisitions au siège de Honeywell-Europe.. C'est alors que j'ai croisé le chemin des fondateurs de Cytale et que ma vie a basculé dans le livre numérique.

JB - Pouvez-vous présenter la société Cytale ?

OP - Cytale est le bébé de 3 personnes : Marc VASSEUR, Président du Directoire de PasteurMed, Jacques ATTALI, célèbre Ecrivain et économiste et Jacques LEWINER, directeur scientifique de l'ESPCI et spécialiste des nouvelles technologies. J'ai rejoins cette société à ses débuts en tant que Président et elle compte désormais 49 personnes.

Cytale a vu son capital s'enrichir des participations financières de Sofinova, Azeo Ventures (Groupe Lazard), CyberCapital, du fonds Edmond de Rothschild Asset Management, et de l'Hypercompany

Nous avons levé 70 millions de francs et nous envisageons de procéder prochainement à un nouveau tour afin de mener à bien tous nos développements.

JB - Cytale travaille à la fois sur un terminal de lecture (Cybook), un format de livre numérique (Open eBook), une bibliothèque numérique
(Cytale.com) et un accès internet. N'est-ce pas un peu ambitieux pour une PME ?

OP - Le projet est en effet ambitieux mais pouvions nous faire moins que cela ? Ma réponse est non. Quand nous nous sommes posés la question de la lecture numérique en 1998, il fallait un certain nombre de composants : des livres numériques, un site web qui les distribue, un logiciel de lecture et enfin un terminal de lecture. Il fallait répondre à la question : Comment lire en numérique ?

Nos premières analyses ont montré que les PC ou les assistants personnels sont de beaux appareils électroniques mais qu'ils ne permettent pas réellement de lire de façon prolongée. Il fallait donc inventer un nouveau terminal. Une fois admis la nécessité de développer un terminal dédié à la lecture numérique, il fallait un logiciel capable de présenter des textes avec une typographie adaptée à la lecture. Nous avons eu la chance de nous lancer en même temps que le format international Open eBook. Il fallait ensuite un site web de distribution et des accords avec les éditeurs.

Aujourd'hui, presque trois ans plus tard, les constats sont identiques. Les expériences de lecture prolongée sur PC ou Palm sont des échecs. Les internautes n'achètent pas et surtout ne lisent pas sur ces terminaux, ce qui justifie le lancement d'un produit spécifique comme le Cybook.

JB - A terme, quel sera votre coeur de métier ? le terminal ? la distribution ?

OP - Notre coeur de métier est un peu défini par l'environnement technologique que nous avons créé, à savoir un moyen de diffusion sécurisé, centré sur un site internet où chaque lecteur a sa propre bibliothèque virtuelle. Ces bibliothèques répondent à toutes les exigences de la diffusion de livres numériques : pratiques, faciles d'accès mais surtout sécurisées pour que les premiers aventuriers du livre numérique ne créent pas une hydre, un monstre qui détruise l'édition en favorisant l'existence d'un "bookster", un Napster du livre. Notre première exigeance est donc la sécurisation. C'est notre métier et c'est ce qui nous permet d'être la référence pour le livre numérique.

JB - Selon vous, quelle est la taille du marché du livre numérique ?

OP - J'ai malheureusement cassé ma boule de cristal :-) Ce que je connais, c'est le marché du livre. Il est estimé en France à 16 milliards de francs pour la littérature générale et il est même bien plus vaste si l'on y inclue les documents électroniques professionnels. Dans 5 ans, la lecture numérique pourrait peser 10% du CA de ce marché et même contribuer à le développer en renouvellant de nombreux titres, et en conquérant de nouveaux lecteurs.

Cytale souhaite devenir l'un des principaux acteurs européens voire mondiaux de ce secteur et nous visons un chiffre d'affaires de plusieurs centaines de millions d'euros.

JB - Qui sont les "cytaliens" ? Est-ce un marché grand public ?

OP - Le livre numérique est un marché émergent et il faut être prudent avec ce qu'on appelle le "grand public", dont le rythme d'adoption de ce type de produits est encore difficile à évaluer.

Pour notre part, nous avons identifié plusieurs cibles sensibles au livre numérique :
- Les gros lecteurs, à la recherche d'une bibliothèque nomade
- Les expatriés, qui éprouvent une réelle difficulté pour accéder aux livres de leur choix
- Les personnes qui ont de difficultés pour lire les petits caractères des livres ordinaires, et parmi eux, les malvoyants, pour qui nous avons créé le Cybook Vision.
- Les entreprises ou les administrations, soucieuses de sécuriser le transfert de données numériques critiques et qui souhaitent éviter l'usage d'un PC, trop complexe, coûteux, sensible aux chocs ou aux attaques de virus.

JB - Pourriez vous ouvrir votre solution de diffusion à d'autres formats de livre numérique ou à d'autres terminaux de lecture ?

OP - Nous voulons privilégier la sécurité du document pour ne pas créer un environnement favorable au piratage. Nous n'avons aucune raison d'aller vers le PC. D'une part il est inadapté à la lecture et d'autre part, toutes les solutions de livre numérique proposées par nos concurrents ont pour le moment été crackées. Nous ne voulons pas d'un "Bookster" du livre.

Par contre, nous n'excluons pas que Cytale.com soit accessible à d'autres terminaux sécurisés ou que le Cybook donne accès à des sites de téléchargement eux-aussi sécurisés.

JB - Cytale diffuse des livres mais aussi des magazines. Ce kiosque virtuel peut-il représenter une alternative pour les start-up de contenu qui aujourd'hui souffrent d'un modèle trop souvent exclusivement publicitaire ?

OP - Oui. Très honnêtement, je pense qu'il faut arrêter d'imaginer que les contenus seront éternellement payés par la publicité. Il vaut mieux demander l'argent à la main qui vient prendre le contenu.

Chaque Cybook dispose d'une part d'un navigateur internet, donnant accès aux sites web traditionnels, mais dispose surtout d'une bibliothèque virtuelle, sur Cytale.com, permettant à d'autres contenus que les nôtres de trouver un modèle économique viable.

Cytale communique peu sur l'aspect "WebPad" du Cybook mais notre terminal remet au goût du jour le principe du Network Computer, tout en permettant une réelle appropriation de l'objet par le Cytalien.

JB - Steve CASE ou Jean-Marie MESSIER semblent accorder de plus en plus de valeur aux contenus au détriment des tuyaux. Partagez vous cette analyse ? Est-elle à l'origine de l'adoption d'un modèle économique basé sur l'abonnement ?

OP - Pour satisfaire un client, il faut trois éléments : des contenus attirants, un tuyau d'acheminement, et un terminal. Lors d'une conférence, Bill GATES a un jour mentionné que les terminaux devaient être spécifiques à leur usage. Nous avons retenu cette idée et le Cybook est un terminal spécifique à l'usage de la lecture.

L'idée de MESSIER est que l'acheminement est moins prioritaire que le contenu. Il a raison pour Vivendi, sans aucun doute. Il est inutile pour une entreprise de cette dimension de se concentrer sur un acheminement, qui incombe d'une part à de grandes sociétés qui crééent et gère des infrastructures, et d'autre part à des sociétés comme Cytale qui assurent un service oecuménique d'acheminement.

Il ne faut cependant pas sous-estimer l'importance de l'acheminement et des terminaux. L'usage d'internet plafonne à cause des limites de l'ordinateur. Trop cher, trop compliqué, le PC n'attire par le grand public qui est à la recherche d'une plate-forme simple, qui s'allume immédiatement et qui corresponde aux usages de
chacun.

C'est cette perspective qu'envisagent AOL ou Vivendi et Cytale est aujourd'hui au coeur de ce débat.

JB - Les biens culturels ne se limitent pas qu'au livre. Pourriez-vous intégrer musiques ou vidéos dans votre chaîne de distribution ?

OP - Cybook a été conçu pour la lecture. Autant le walkman a légitimement détrôné les chaînes portatives, autant l'idée d'écouter de la musique sur un Cybook ne me parait pas pertinente. Néanmoins, la bibliothèque numérique peut concerner tous les types de fichiers, y compris les fichiers audiovisuels. Ce système de bibliothèque virtuelle peut devenir discothèque ou vidéothèque.

De même, pour la vidéo, nous pourrions peut-être proposer aux Cytaliens de visualiser des films sur un écran de 10 pouces mais il y a certainement des terminaux plus adaptés (comme les lunettes panoramiques par exemple), qui pourraient également se connecter sur la bibliothèque virtuelle.

JB - En matière de connectivité, quelles seront les évolutions du Cybook ? Pourriez vous intégrer un modem GPRS pour un usage nomade ?

Dès la conception du Cybook, nous avons intégré des ports pour le rendre plus communicant. La partie la plus prometteuse est certainement la carte PCMCIA. En matière de réseaux étendus, le GPRS nous parait encore trop lent (25 kbps) et soulève de nombreuses questions de partage de la bande passante. L'UMTS promet de meilleurs débits mais aucune solution commerciale à grande échelle n'est envisageable avant plusieurs années.

A court terme, nous nous intéressons plutôt à l'intégration matérielle et logicielle de solutions de communication large bande avec des réseaux fixes. Nous avons déjà intégré une solution Ethernet, et une solution radioWiFi (802.11b) qui permettent au Cybook d'accéder à l'internet à haut débit avec ou sans fil via le câble ou l'ADSL. Ces technologies seront mises sur le marché dans les semaines à venir.

JB - Souhaitez vous ajouter une dernière chose pour terminer ?

OP - Pour les fêtes de Noël, nous lançons le Pack CyBook à 2990 francs. Nous travaillons depuis de longs mois sur une telle offre qui regroupe non seulement un terminal de lecture très confortable mais aussi de très nombreux services pour les Cytaliens (et en particulier, plus de 300 livres gratuits). Nous espérons que ce pack sera un joli cadeau à s'offrir à soi-même ou tout simplement pour redonner le goût de la lecture à quelqu'un qui l'aurait perdu.

JB - Monsieur Olivier PUJOL, je vous remercie.
Modifié le 18/09/2018 à 14h29
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