Hadopi / TF1 : la chaine et Albanel s'expliquent

le jeudi 07 mai 2009
Tour à tour, Christine Albanel et Françoise de Panafieu ont profité jeudi de la reprise des débats relatifs au projet « Création et Internet » pour livrer leur vision des faits ayant conduit au renvoi de Jérôme Bourreau-Guggenheim, responsable du pôle innovation web de TF1. La ministre de la Culture a tout d'abord expliqué ne pas avoir été au courant des faits avant que ces derniers aient été rendu publics. La députée du XVIIe arrondissement a quant à elle affirmé que l'intéressé n'avait pas expressément demandé que sa correspondance reste confidentielle (retrouvez ci-dessous la séquence en vidéo). Dans un bref communiqué, le groupe TF1 confirme de son côté le renvoi de l'intéressé, mais parle de prises de position publiques.

« En aucun cas, le mail ne demandait la confidentialité »

« Renseignement pris, il s'avère qu'un mail adressé à Madame de Panafieu qui, donc, l'a adressé au ministère pour avoir des éléments techniques. Ce qui a été fait. Mais, à ma connaissance, il n'y a eu rien de plus », a expliqué Christine Albanel. Plus tôt dans la journée, son cabinet a pourtant tenu un son de cloche différent, reconnaissant avoir transmis le courrier concerné à la rue de Valois. « On n'a jamais réclamé la tête de ce salarié. La réaction de TF1 est très exagérée ! Cette décision est vraiment regrettable », indiquait en fin de matinée le cabinet de la ministre au site lepoint.fr.

« Ce que je veux dire solennellement, c'est que je n'ai jamais demandé à personne la tête de qui que ce soit. Ce n'est vraiment pas dans mes habitudes. Ce n'est pas dans ma nature. Je ne suis jamais intervenue dans les programmes ou dans la gestion des chaînes. Ca ne me viendrait même pas à l'esprit. Je ne suis pour rien dans cette affaire. Ce sont des décisions internes à la société TF1 », a ajouté Christine Albanel.



Source : LCP-AN


Françoise de Panafieu a ensuite pris la parole pour expliquer qu'elle avait transféré ce courrier, « bien construit », au ministère de la Culture en suggérant « qu'on s'en inspire pour faire un contre-argumentaire à l'attention des députés du groupe (UMP) ».

« Je dois dire qu'en aucun cas, le mail ne demandait la confidentialité. Or, les uns et les autres, nous recevons des mails qui réclament la confidentialité (...) Au contraire, pour donner, je crois, plus de crédibilité à ses arguments, l'auteur a précisé qu'il travaillait dans les secteurs des médias et d'internet. Il est même allé plus loin en disant dans quelle société il travaillait », a-t-elle ajouté.

Alors que l'Assemblée s'est écharpée mercredi soir sur la question de la surveillance des courriers électroniques dans le cadre de la loi contre le piratage, les députés de l'opposition ont logiquement eu beau jeu pour dénoncer la transmission de ce courrier, couvert par le secret de la correspondance, à l'employeur de Jérôme Bourreau-Guggenheim. Pour Patrick Bloche, très actif dans la lutte contre le projet Hadopi, il s'agissait d'une « opinion exprimée dans une correspondance privée, cadre dans lequel il n'existe pas de délit ».

Martine Billard (Verts) a suggéré que le ministère de la Culture ouvre une enquête pour déterminer qui avait transmis le message concerné « à une société privée n'ayant rien à faire dans les débats ». L'ex PCF Jean-Pierre Brard a quant à lui insisté sur la « consanguinité entre l'appareil d'état et les majors de la communication ou du bâtiment », faisant allusion à Martin Bouygues, directeur du groupe qui possède TF1 et témoin de Nicolas Sarkozy lors de son deuxième mariage.

Ni Christine Albanel, ni le ministère de la rue de Valois qui défend la position de la ministre dans un communiqué, n'ont confirmé l'ouverture d'une enquête. Le principal intéressé devrait quant à lui arguer du secret de la correspondance, droit implicite qui n'a pas besoin de faire l'objet d'une déclaration, pour faire valoir ses droits auprès des prud'hommes.

La réponse de TF1

Dans un communiqué, expédié jeudi peu avant 17 heures, le groupe TF1 rappelle pour sa part avoir toujours soutenu le projet de loi Création et Internet, et avoir procédé au renvoi de son « Responsable du Pôle Innovation Web » en raison des « prises de position particulièrement radicales exprimées publiquement à plusieurs reprises » par ce dernier. Des déclarations « incompatibles avec ses responsabilités au sein d'e-TF1, filiale du groupe en charge, également, de la lutte contre le piratage sur internet », selon la chaine qui déplore que cette « affaire strictement interne » ait été portée sur la place publique.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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