Alice Huang a dirigé Megaspeed, un client singapourien de NVIDIA, et rencontré à plusieurs reprises Jensen Huang, le patron du fabricant de puces. Pour les services de renseignement américains, cette Chinoise recueillait aussi des informations pour Pékin, rapporte le New York Times.

Les deux Huang n'ont aucun lien de parenté, mais les agents américains chargés d'empêcher les puces d'IA les plus puissantes de partir illégalement vers la Chine se sont alarmés de leurs rencontres. Ils surveillaient Alice Huang quand ils ont découvert qu'elle voyait régulièrement le P.-D.G de NVIDIA, qui discute souvent d'IA et d'exportations avec Donald Trump. Informé voici environ un an, le président américain n'a pris aucune mesure, en partie pour ne pas gêner les ventes de puces et le commerce avec Pékin. Aucun responsable américain n'a jamais averti Jensen Huang du danger.
Les soupçons américains contre Alice Huang
D'après les sources du quotidien, informées de cette surveillance, Alice Huang transmettait directement des informations au gouvernement chinois. Avant de rejoindre Megaspeed, elle avait été journaliste à la télévision d'État chinoise, puis banquière privée, et elle a dirigé à Shanghai un fonds actionnaire de 7Road, éditeur chinois de jeux vidéo lié à des investisseurs publics. Megaspeed est née en 2023 de la séparation des activités internationales de 7Road, installées à Singapour, et Alice Huang a quitté l'entreprise avant l'automne 2025.
Sa relation avec Jensen Huang remonte au moins à juin 2024. Peu après minuit, dans un bar de Taipei, elle avait lancé à un groupe de dirigeants de la tech « Je vous parie que je peux faire venir Jensen ici », et le patron de NVIDIA était arrivé peu après dans son éternelle veste en cuir noir, d'après un témoin interrogé par le New York Times en octobre 2025. Quelques semaines plus tard, Megaspeed commençait à recevoir des livraisons régulières de puces NVIDIA haut de gamme, chacune de plusieurs millions de dollars.
Lorsque Donald Trump a été informé, les responsables du renseignement ne pensaient pas que Jensen Huang connaissait le double jeu de sa relation. Certains hauts responsables de l'administration Trump doutent aujourd'hui qu'il ait pu l'ignorer complètement, et la Maison-Blanche, la CIA et la NSA n'ont pas souhaité commenter.
« Les interactions de Jensen avec Mme Huang ne sont ni inhabituelles ni inattendues. Les rencontres avec les clients font partie du travail d'un PDG, et Jensen échange chaque année avec des milliers de dirigeants de clients », a réagi John Rizzo, porte-parole de NVIDIA. L'entreprise se dit certaine que le gouvernement américain l'aurait prévenue s'il soupçonnait une personne de menacer l'industrie du pays. Pékin dénonce de son côté des « calomnies et diffamations sans fondement ».
Megaspeed soupçonné de contourner les restrictions d'exportation
Les enquêteurs américains s'intéressent à Megaspeed depuis la fin 2024, quand un fonctionnaire du département du Commerce a trouvé du matériel NVIDIA encore dans ses cartons lors de la visite d'un centre de données malaisien de l'entreprise. Un jour de semaine de 2025, seuls deux salariés travaillaient dans les bureaux singapouriens de Megaspeed, d'après le New York Times. Le dossier a été transmis au département de la Justice cette année, et au moins 4,8 milliards de dollars d'équipements à base de puces NVIDIA auraient été achetés par la société sœur malaisienne de Megaspeed entre juin 2024 et février 2026.
Les entreprises installées à Singapour ou en Malaisie peuvent acheter en toute légalité des puces dont l'exportation vers la Chine est interdite, et des trafiquants exploitent ce statut afin de les réexpédier vers Pékin. Début 2025, trois hommes avaient par exemple été inculpés à Singapour, soupçonnés d'avoir trompé leurs fournisseurs sur la destination de serveurs équipés de puces NVIDIA.
Chez NVIDIA, les accusations de détournement contre Megaspeed ont été « examinées en détail et démenties l'an dernier ». Jensen Huang assure que ses équipes ont étudié tous les déploiements de GPU de ce client et « compté chacun » d'entre eux. Les dirigeants de Megaspeed ont engagé des avocats et promettent de coopérer avec les autorités américaines.
Au Sénat, la démocrate Elizabeth Warren estime que Jensen Huang et le conseil d'administration de NVIDIA « doivent des réponses au Congrès ». Elle réclame une loi transpartisane pour tenir les technologies d'IA avancées loin de la Chine, alors que la vente de puces H200 à des clients chinois est autorisée au cas par cas depuis janvier, contre 25 % du montant reversés à l'État américain.