Les procureurs de Keelung ont récemment perquisitionné douze adresses et placé trois personnes en détention provisoire. Les douaniers taïwanais ont saisi une cinquantaine de serveurs Supermicro pour plus de 13,9 millions d’euros, juste avant leur embarquement vers la Chine.

Jusqu’ici, les procureurs fédéraux américains étaient les seuls à poursuivre les trafiquants de puces IA vers la Chine. Le parquet de Keelung a ouvert sa propre enquête. C’est la première action pénale pour les autorités taïwanaises contre la contrebande de semi-conducteurs. Trois suspects, You, Wang et Chen, doivent répondre d’avoir maquillé des bordereaux d’exportation. Avec ces faux documents, ils auraient acheminé des serveurs Supermicro vers Hong Kong et Macao. Au moins une cargaison serait arrivée à destination, mais les douaniers ont bloqué la suivante au port.
Une route inédite via le Japon
Avant cette affaire, les procureurs américains avaient identifié trois plaques tournantes de trafic vers la Chine : la Thaïlande, la Malaisie et Singapour. On retrouve les sociétés-écrans sud-asiatiques dans le dossier contre Wally Liaw, cofondateur de Supermicro, inculpé en mars 2026 pour avoir détourné vers Alibaba pour 2,31 milliards d’euros de matériel.
À Keelung, You, Wang et Chen auraient fait transiter au moins une cargaison par le Japon, puis vers Hong Kong, avant un acheminement final vers la Chine continentale. Jusqu’à cette affaire, les contrebandiers de puces NVIDIA évitaient le Japon, d’autant que le gouvernement japonais collabore avec Washington sur les contrôles à l’exportation des puces avancées depuis 2023.
Les procureurs taïwanais affirment avoir ouvert leur dossier sans coordination préalable avec les autorités américaines. Deux jours après les perquisitions, Jensen Huang s’est rendu à Taipei et a publiquement reproché à Supermicro son manque de rigueur sur les contrôles d’exportation.Depuis un an, le président taïwanais Lai Ching-te renforce méthodiquement son contrôle sur les puces. En juin 2025, il a inscrit Huawei et SMIC sur la liste des entités stratégiques. En novembre, il a ordonné une revue de soixante jours sur les biens à double usage. Avec les arrestations de Keelung, le président passe pour la première fois du registre administratif au registre pénal.

Sur le marché parallèle chinois, le prix d’un serveur double
En Chine, on règle désormais autour de 925 000 euros pour un serveur NVIDIA B300, contre environ 509 000 euros aux États-Unis, d’après les chiffres relevés sur le marché parallèle chinois. Ceux qui ne peuvent pas régler en une fois louent du matériel à 22 800 euros par mois sur des contrats d’un an.
Washington a serré la vis dès 2022. En mars 2026, les procureurs fédéraux ont inculpé Wally Liaw, et la plupart des intermédiaires habituels ont quitté le circuit. Les acheteurs chinois paient désormais le surcoût. Fin 2025, les procureurs fédéraux américains avaient déjà démantelé l’opération Gatekeeper et saisi pour 148 millions d’euros de H100 et de H200 dans des entrepôts texans. Les contrebandiers avaient réétiqueté les cartes sous une fausse marque baptisée « Sandkyan ». À Keelung, You, Wang et Chen auraient procédé par faux bordereaux plutôt que par fausse marque.
En 2024, Nvidia a réalisé 13 % de son chiffre d’affaires en Chine, soit environ 15,7 milliards d’euros, d'après ses comptes annuels. Sur le marché parallèle, les revendeurs chinois facturent plus de 555 000 euros un lot de huit GPU Blackwell, contre 222 000 à 296 000 euros au tarif officiel. Les intermédiaires passent par des opérateurs de data centers en Malaisie, au Vietnam et à Taïwan.
Source : TechSpot