Le CNES a dressé une maquette grandeur nature de Callisto, son démonstrateur de fusée réutilisable, sur l’ancien pas de tir de Diamant au Centre spatial guyanais. Une première depuis 51 ans, qui donne le coup d’envoi des essais au sol.

La maquette grandeur nature de Callisto, tout juste érigée sur l’ancien pas de tir de la fusée Diamant, au Centre spatial guyanais. © CNES / ESA / Arianespace
La maquette grandeur nature de Callisto, tout juste érigée sur l’ancien pas de tir de la fusée Diamant, au Centre spatial guyanais. © CNES / ESA / Arianespace

Le lanceur réutilisable Callisto n'a pas encore décollé, mais le Centre national d'études spatiales (CNES) lui a déjà offert une adresse prestigieuse. Sa maquette se dresse depuis quelques heures sur le tout premier pas de tir orbital de Kourou, celui d'où partait la fusée Diamant. Pendant une semaine, ce double grandeur nature va échanger avec le radar et les installations de la base sans quitter le sol d'un centimètre. L'exercice peut sembler modeste, mais il prépare en réalité un moment que le CNES juge crucial pour ces échanges, à savoir le retour sur Terre.

Callisto, la fusée réutilisable du CNES, fait enfin ses premiers pas en Guyane

Avant d'accueillir le vrai Callisto, le Centre spatial guyanais s'entraîne avec une doublure. Construite par la PME française CIPAL, cette maquette dévoilé ce jeudi 29 octobre 2026 reprend à l'identique la taille du démonstrateur, soit 13 mètres de haut pour un mètre de diamètre. Elle ne volera pas, mais elle embarque six antennes positionnées exactement comme sur l'engin définitif. L'idée est de vérifier tout ce qui se passe autour de la fusée : les installations du pas de tir, la façon dont le véhicule et la base se raccordent et communiquent entre eux, ainsi que les procédures que suivront les équipes le jour J.

Pendant cette semaine d'essais, tout tourne autour des communications. Une fusée en vol dialogue en permanence avec le sol. Elle transmet en temps réel au centre de contrôle les mesures de ses capteurs et les images de ses caméras, tandis que les équipes peuvent lui envoyer des ordres via son ordinateur de bord et que le radar de la base suit sa trajectoire. Selon le CNES, la précision de ces échanges compte au décollage, mais plus encore à la redescente. Car Callisto ne finira pas sa course dans l'océan, puisque comme un Falcon 9 de SpaceX, il doit revenir se poser à la verticale, à ceci près que son moteur fonctionne à l'hydrogène et à l'oxygène liquides, quand la fusée américaine carbure au kérosène.

Fabriquée par la PME française CIPAL, la réplique grandeur nature de Callisto reproduit fidèlement la silhouette du futur démonstrateur. © CNES / ESA / Arianespace
Fabriquée par la PME française CIPAL, la réplique grandeur nature de Callisto reproduit fidèlement la silhouette du futur démonstrateur. © CNES / ESA / Arianespace

Plutôt que d'attendre que le lanceur soit terminé pour tester la base, le CNES a choisi de mener les deux chantiers de front. En repérant d'éventuels problèmes côté sol pendant que le véhicule est encore en développement, l'agence espère gagner du temps et limiter la facture. Aux côtés des équipes du CNES et du Centre spatial guyanais, plusieurs industriels sont mobilisés, avec CIPAL, MT Aerospace Guyane, TSO et Thales Alenia Space. Ces essais lancent ainsi la qualification, une longue série de tests chargée de prouver que tout fonctionne comme prévu, qui s'étalera jusqu'en 2027. Quant au véritable Callisto, celui qui volera, le CNES annonce son arrivée « dans la foulée », sans plus de précision.

Sur le pas de tir de Diamant, Callisto court après son calendrier

Pour les passionnés du spatial français, l'image a une saveur assez particulière. Car Diamant fut le premier lanceur de satellites tricolore. Oui, c'est lui qui, en 1965, a fait de la France la troisième puissance spatiale de l'histoire, depuis la base d'Hammaguir en Algérie. Transférée en Guyane, la fusée a décollé de ce pas de tir dès mars 1970, pour huit lancements au total. Le programme s'est arrêté en 1975, faute de budget, car à l'époque, la France avait choisi de miser sur le projet européen Ariane, et le site a fini en zone de stockage. Le revoilà réhabilité, avec une fusée de nouveau dressée à la verticale, dans une configuration que le CNES juge proche de celle de l'époque. On aperçoit bien aussi, sur les photos transmises par le CNES, les sorties des carneaux, c'est-à-dire les conduits d'évacuation des flammes.

Le projet Callisto, lancé par le CNES en 2017 avec les agences allemande (DLR) et japonaise (JAXA) de l'espace, cette dernière fournit d'ailleurs le moteur réutilisable à hydrogène, testé cet été sur un petit prototype au pays du Soleil levant. À l'origine, le démonstrateur devait voler dès 2020 ou 2021, avant que l'objectif ne glisse d'année en année… jusqu'à 2026. L'agence n'avance pas de nouvelle date, mais avec une qualification qui court jusqu'en 2027, ce calendrier-là semble lui aussi dépassé.

Niché dans la végétation tropicale, le site historique de la fusée Diamant accueille à nouveau un engin vertical, plus d’un demi-siècle après son dernier lancement. © CNES / ESA / Arianespace

Ce petit démonstrateur n'a de toute façon pas vocation à devenir un lanceur opérationnel. Sa campagne de dix vols, dont l'objectif est un aller-retour jusqu'à environ 20 km d'altitude, servira surtout à chiffrer ce que coûterait un premier étage réutilisable européen. En Suède, Themis, développé par ArianeGroup pour l'ESA, attend toujours son premier saut, que l'agence n'est plus certaine de voir d'ici la fin de l'année. Alors oui, même s'il y a des signaux positifs, face à SpaceX, qui fait atterrir ses boosters depuis une dizaine d'années, l'Europe a encore du chemin à parcourir.