Depuis quelques heures, TikTok affiche un avertissement assez inédit aux utilisateurs français au moment de publier une vidéo. Un message de prudence qui arrive alors que l'État a durci le ton contre les réseaux sociaux, après les récents pillages.

Voici le message d’avertissement affiché par TikTok au moment de publier une vidéo en France, ce mercredi 28 octobre 2026. © Alexandre Boero / Clubic
Voici le message d’avertissement affiché par TikTok au moment de publier une vidéo en France, ce mercredi 28 octobre 2026. © Alexandre Boero / Clubic

Publier une vidéo sur TikTok en France passe désormais par un message d’avertissement. Comme nous avons pu le constater ce mercredi 28 octobre 2026, juste avant la mise en ligne, l’application prévient l'utilisateur que « la situation évolue rapidement » dans le pays et appelle à la prudence. Ce pop-up semble être une sorte de protocole d’urgence, déclenché contraint et forcé après les violences du 17 octobre, que le gouvernement attribue en partie à l’influence des réseaux sociaux. L’exécutif avance lui aussi ses pions, d’une lettre confidentielle adressée aux opérateurs à un projet de loi tout juste adopté par le Sénat cette semaine.

Ce nouveau message de TikTok en dit long sur la pression du gouvernement sur les réseaux sociaux

Le message dont nous vous parlons apparaît au moment précis où l'on appuie sur « Publier ». TikTok rappelle qu'il refuse les contenus qui menacent autrui, incitent à la violence ou encouragent des comportements criminels, et demande à chacun de signaler ce qui pourrait poser problème. Les règles ne changent pas, seule leur mise en avant est nouvelle. Les créateurs peuvent être rassurés, puisque l'avertissement s'affiche même avant une vidéo parfaitement inoffensive, et un clic sur « Publier » suffit pour continuer. La vidéo que votre serviteur souhaitait mettre en ligne était une petite imitation vocale, un contenu banal humoristique donc.

Ce pop-up est lié au fait que TikTok a déclenché un protocole d'urgence en France, où des vidéos ont été supprimées, des lives suspendus et les recherches liées aux manifestations limitées, sans oublier les produits issus des pillages mis en vente. La plateforme chinoise répond ainsi aux demandes du gouvernement, qui presse les grands réseaux sociaux comme lui mais aussi Snapchat et Instagram de retirer les appels au pillage, à l'incendie ou au non-respect des couvre-feux, ainsi que les fausses images d'émeutes générées par intelligence artificielle. Selon le ministre du Commerce Serge Papin, 1 737 annonces suspectes ont depuis été supprimées, sur des plateformes comme Leboncoin, Vinted et autres.

Le 17 octobre a marqué les esprits, jusqu'au sommet de l'État. En marge des manifestations contre la vie chère, 1 161 commerces ont été pillés, saccagés ou incendiés selon CCI France. Pour Matignon, ce sont les réseaux sociaux qui ont servi de QG aux casseurs, en hébergeant l'organisation des pillages, les échanges sur les cibles, et le partage des positions des forces de l'ordre.

Un Franprix de la rue Beaurepaire, dans le 10e arrondissement de Paris, pris pour cible par des individus cagoulés, en marge de la mobilisation du 17 octobre. © Pierre Laborde / Shutterstock
Un Franprix de la rue Beaurepaire, dans le 10e arrondissement de Paris, pris pour cible par des individus cagoulés, en marge de la mobilisation du 17 octobre. © Pierre Laborde / Shutterstock

Blocage des réseaux sociaux : de l'idée lancée à la radio jusqu'au Sénat

Se pose depuis la question de couper purement et simplement les applications ? Gabriel Attal a relancé l'idée, en plaidant pour un blocage « temporaire, ciblé » de certaines plateformes. Les équipes du Premier ministre ont ensuite, dans une lettre du 22 octobre révélée par le média Blast et signée par Sébastien Lecornu, demandé à Orange, Free, SFR et Bouygues Telecom de se tenir prêts à suspendre TikTok, Instagram et Snapchat pendant quelques heures, par filtrage DNS. X aurait ensuite été ajouté à la liste. Le courrier ne citait aucune base légale et demandait la discrétion à ses destinataires. Les opérateurs ont répondu qu'ils ne pouvaient pas limiter un tel blocage aux mobiles ou à certaines zones à court terme, et qu'un simple VPN suffirait à le contourner. Heureusement, la mobilisation fut plus calme, samedi dernier.

Et puis en parallèle, l'État et le Parlement avance sur le terrain législatif. Ces dernières heures, le Sénat a adopté un amendement au projet de loi « casseurs-payeurs », soutenu par la droite, la plupart des centristes et le RN. Il élargit le rôle de Pharos, la plateforme de signalement des contenus illicites. L'administration pourra ainsi exiger, sans passer par un juge, le retrait sous 24 heures des publications susceptibles de créer un trouble grave à l'ordre public, notamment celles qui incitent aux violences, aux dégradations ou à l'insurrection, sous peine de blocage ou de déréférencement. Pour les contenus les plus graves, le gouvernement voulait d'abord imposer un retrait en une heure. Il y a renoncé à la dernière minute, craignant d'être épinglé par le Conseil constitutionnel.

TikTok, Instagram et Snapchat auraient pu devenir inaccessibles quelques heures sur mobile le 24 octobre, si Matignon avait donné son feu vert. © Tada Images / Shutterstock / Clubic

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, affirme qu'il ne s'agit pas de fermer les réseaux sociaux, seulement de supprimer des contenus. Beaucoup dénoncent une entrave disproportionnée à la liberté d'expression, et le communiste Fabien Gay craint que le dispositif ne serve à contrôler les mouvements sociaux s'il tombait entre les mains d'un régime autoritaire.

Le texte doit encore passer devant l'Assemblée nationale, mais on sait déjà qu'en cas de crise, c'est la Commission européenne qui peut activer le mécanisme prévu par le DSA (Digital Services Act). Les très grandes plateformes doivent alors prendre elles-mêmes des mesures, et aucune coupure d'accès n'est prévue. Quant au Conseil d'État, il a jugé illégal le blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie. Il n'excluait pas qu'une interruption provisoire puisse se justifier, mais il a censuré un blocage total, sans durée définie ni réexamen. En attendant, le ministre affirme que des appels à l'insurrection circulent déjà pour samedi 31 octobre. Le pop-up de TikTok risque donc de rester encore un moment.