Dix jours après les pillages du 17 octobre, le ministre du Commerce, Serge Papin, a dressé le bilan de la revente d’objets volés en ligne. Les plateformes convoquées par l’État, dont Vinted et Leboncoin, ont supprimé 1 737 annonces et banni 237 comptes.

La revente en ligne des objets pillés le 17 octobre, en marge des manifestations contre la vie chère, a désormais son bilan chiffré. 1 737 annonces ont été supprimées et 237 comptes bannis, selon le ministre des Petites et Moyennes entreprises et du Commerce Serge Papin, qui a livré ces données au Parisien mardi soir. Les premières offres suspectes, apparues sur Vinted, eBay et Leboncoin dès le soir des pillages, avaient poussé le gouvernement à convoquer les plateformes, qui ont depuis transmis des centaines de signalements à la justice. Et pendant qu'elles rendent leur copie, l'État s'occupe aussi d'apporter des solutions aux commerçants pillés, qui comptent encore leurs pertes.
Sur la revente d’objets pillés en ligne, près de 800 signalements déjà transmis à la justice
Le 19 octobre, aucune plateforme n'osait encore s'avancer. Leboncoin disait manquer de données consolidées pour mesurer une hausse des annonces litigieuses, et eBay ne pouvait pas en confirmer une. Le ministre du Commerce a levé le voile là-dessus, en indiquant que 1 737 annonces ont été retirées, et 237 comptes bannis des différentes plateformes. Ces comptes sont, à ce stade, seulement soupçonnés d'avoir revendu des articles volés.
Les plateformes ont au total transmis près de 800 signalements d'utilisateurs ou d'annonces aux autorités judiciaires, et quelque 500 annonces font encore l'objet d'investigations. Pour répondre aux demandes des autorités, Leboncoin dispose d'un service dédié aux réquisitions judiciaires et administratives, et eBay d'un portail réservé aux forces de l'ordre. Le recel, qui vise aussi l'acheteur en connaissance de cause, est rappelons-le passible de cinq ans de prison et de 375 000 euros d'amende.
La réunion du 19 octobre avait lieu à peine deux jours après la manifestation contre la vie chère. Vinted, eBay, Leboncoin, Meta et TikTok y étaient convoqués face à Serge Papin et à Anne Le Hénanff, ministre déléguée au Numérique, aux côtés de représentants de l'Intérieur et de la Justice. Le week-end avait laissé des traces, avec des produits sous emballage scellé, maquillage Chanel à prix cassé, sacs Sephora garnis de neuf, ou rendez-vous fixés sur Snapchat pour échapper aux modérateurs, ce qui a d'ailleurs depuis nourri l'éventualité d'une coupure de certains réseaux sociaux en cas de nouveaux pillages. La ministre avait exigé un retrait « sans délai », et Vinted promis une « tolérance zéro ».

Après les pillages, les commerçants comptent sur l’État pour redémarrer
Loin des écrans, c'est dans les rues commerçantes que les pillages du 17 octobre ont laissé les traces les plus lourdes. Selon un bilan de CCI France publié mardi, 1 161 commerces ont été pillés, saccagés ou incendiés ce jour-là. 3 000 ont été impactés par les événements récents. Pour les aider à se relever, Serge Papin a détaillé ce mercredi matin, en conférence de presse, le fonds de soutien réservé aux boutiques endommagées. Il prévoit jusqu'à 10 000 euros pour les entreprises de moins de 50 salariés et de moins de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires, afin qu'elles redémarrent rapidement.
Cette aide se double d'un prêt à taux zéro de Bpifrance, jusqu'à 50 000 euros, pour reconstituer les stocks et recommencer à vendre. Certaines régions ont aussi leur propre fonds. Le ministre a notamment cité la région Sud (Provence-Alpes-Côte d'Azur), en rappelant qu'il était à Marseille lundi.
La responsabilité des plateformes dépasse d'ailleurs le seul cas des sites de seconde main. Lors de cette même conférence suivie par Clubic, consacrée à la lutte contre les dérives du e-commerce, Serge Papin a jugé inacceptable que Shein, Temu ou AliExpress se posent en simples intermédiaires face aux produits non conformes, et compte porter ce combat à Bruxelles la semaine prochaine. David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, a lui fait le parallèle avec les commerçants touchés par les pillages. Selon lui, le recul des achats de petits colis, dont la TVA déclarée a chuté de 48 % entre juin et août d'après un chiffre encore provisoire, leur redonne un peu d'air. Pas sûr que cela ne suffise à les rassurer.