Peu connu du grand public, Streamed alimentait pourtant des dizaines de sites pirates, dont la fréquentation cumulée atteignait plusieurs centaines de millions de visites mensuelles. Ce "moteur invisible" vient de mettre fin à ses activités ; une disparition qui révèle la dépendance de ces plateformes illicites à quelques infrastructures communes.

Un message d'adieu et fin du spectacle ! Depuis le 27 octobre, Streamed annonce avoir cessé ses activités, sans fournir la moindre explication. En effet, plusieurs domaines associés au service affichent désormais ce message. Pour les sites qui utilisaient ses lecteurs vidéo, cette fermeture peut avoir des conséquences immédiates.
Un fournisseur presque invisible derrière des dizaines de sites pirates
Streamed n'était pas seulement un site permettant de regarder du sport gratuitement. Il fournissait surtout une infrastructure de diffusion que d'autres plateformes pouvaient intégrer directement à leurs pages, sans avoir à héberger elles-mêmes les retransmissions.
Ce modèle, appelé Piracy-as-a-Service, permet à un site pirate de proposer des matchs en direct en s'appuyant sur un fournisseur extérieur. Plusieurs plateformes peuvent ainsi afficher des lecteurs différents en apparence, tout en dépendant des mêmes serveurs pour acheminer les images.
L'ampleur du réseau apparaît dans un document transmis début octobre au gouvernement américain par la Motion Picture Association (MPA). Selon les données Similarweb citées par l'organisation, une trentaine de sites utilisaient Streamed en juillet 2026, pour un total de 463 millions de visites cumulées sur le mois, contre 134 millions un an plus tôt. Attention toutefois : ces chiffres correspondent à la fréquentation des sites utilisant Streamed, et non à celle du fournisseur lui-même.
Parmi les plateformes concernées figurait notamment Mapple, dont certaines retransmissions renvoyaient déjà une erreur 404 au moment des vérifications menées par TorrentFreak. La disparition d'un seul intermédiaire peut donc perturber simultanément plusieurs services.
Une fermeture mystérieuse, mais pas forcément une victoire des ayants droit
Pourquoi Streamed a-t-il cessé ses activités ? Pour l'instant, personne ne le sait. Ses opérateurs se contentent de remercier leurs utilisateurs et les orientent vers plusieurs plateformes concurrentes.
La fermeture intervient quelques semaines après que la MPA a désigné Streamed comme une menace importante dans son rapport annuel sur les marchés du piratage. Mais aucune saisie judiciaire n'a été annoncée et ni la MPA ni l'Alliance for Creativity and Entertainment (ACE) n'ont revendiqué d'intervention. Il serait donc prématuré de présenter cette disparition comme le résultat d'une opération antipiratage.
L'affaire illustre néanmoins une fragilité de l'écosystème du streaming illégal. Derrière la multiplication des adresses et des sites accessibles gratuitement, les infrastructures de diffusion peuvent être beaucoup plus concentrées qu'il n'y paraît.
Fermer un fournisseur commun peut ainsi affecter davantage de plateformes que le blocage d'un seul domaine. Mais l'inverse est également vrai : les sites concernés peuvent chercher d'autres sources pour rétablir leurs retransmissions. La disparition de Streamed perturbe donc une partie du réseau, sans démontrer que le piratage sportif recule durablement.