Les voitures chinoises sont de nouveau dans le viseur de Washington. Depuis le 26 octobre, les véhicules BYD ne peuvent plus accéder à une importante base américaine au Japon. En cause, leurs caméras et leurs nombreux capteurs, soupçonnés de pouvoir collecter des informations sensibles. Mais aucune preuve d'espionnage n'a été rendue publique.

Les responsables militaires américains redoutent que les véhicules connectés BYD puissent collecter des informations sur leurs installations et équipements, mais aussi sur les déplacements du personnel. ©Alexander Fedosov x Shutterstock
Les responsables militaires américains redoutent que les véhicules connectés BYD puissent collecter des informations sur leurs installations et équipements, mais aussi sur les déplacements du personnel. ©Alexander Fedosov x Shutterstock

Une voiture électrique peut-elle devenir un outil d'espionnage à l'insu de son propriétaire ? C'est en tout cas un risque que l'armée américaine ne veut plus prendre avec les véhicules de BYD, désormais interdits d'accès à la base aérienne de Kadena, sur l'île japonaise d'Okinawa.

Depuis ce lundi 26 octobre, les militaires chargés de la sécurité ont pour consigne de refouler tous les véhicules du constructeur chinois, qu'ils appartiennent à des particuliers, des entreprises de livraison ou des compagnies de taxis. Une mesure radicale, prise dans un contexte de tensions persistantes entre Washington et Pékin.

Des voitures capables de filmer et de cartographier leur environnement

Les automobiles modernes ne se contentent plus de transporter leurs occupants. Caméras, GPS, radars et parfois télédétection laser (LiDAR) collectent des données pour alimenter les systèmes d’aide à la conduite. Chez BYD, les dispositifs DiPilot combinent plusieurs de ces technologies. Certaines versions disposent même d'un LiDAR, un capteur laser capable de mesurer les distances et de reconstituer une représentation en trois dimensions des alentours.

De quoi inquiéter les responsables militaires américains, qui redoutent que des véhicules connectés puissent collecter des informations sur les installations, les équipements ou les déplacements du personnel.

Interrogée par Reuters, la porte-parole de la base de Kadena, Alli Stormer, estime que ces voitures présentent « un risque inacceptable et impossible à atténuer pour notre personnel et notre mission ».

Cela dit, aucun élément technique précis ni aucune preuve d’espionnage n’ont été rendus publics. La possibilité de collecter des données ne signifie pas non plus qu’elles seraient automatiquement transmises à Pékin.

Un petit air de déjà-vu pour Tesla

La décision américaine rappelle étrangement celle prise par la Chine en 2021 lorsque les voitures Tesla avaient été interdites dans certains sites militaires et gouvernementaux. Pékin craignait déjà que leurs caméras puissent enregistrer des informations sensibles. Ces restrictions ont finalement été levées en 2024, après des garanties apportées sur la sécurité des données.

De son côté, Washington a durci sa réglementation sur les voitures connectées. À partir des modèles 2027, certaines technologies logicielles liées à la Chine ou à la Russie seront interdites sur le marché américain avant des restrictions supplémentaires concernant le matériel dès 2030.

BYD figure également depuis juin sur une liste du Pentagone regroupant des entreprises soupçonnées de soutenir l'armée chinoise. Le constructeur conteste cette désignation.

Une méfiance qui dépasse largement les frontières américaines

L'interdiction prononcée à Kadena ne devrait guère affecter les ventes de voitures particulières de BYD aux États-Unis où la marque n'est pas commercialisée sur ce segment. Elle pourrait en revanche dégrader son image à l'international alors que le constructeur poursuit son expansion.

En Europe, BYD s'apprête notamment à ouvrir une ligne de production en Hongrie et étudie sérieusement l'implantation d'une usine en France. Une perspective évoquée le 12 octobre dernier par Stella Li, vice-présidente du groupe.

Pour les automobilistes européens, la décision américaine ne change rien à court terme. Elle illustre néanmoins les interrogations croissantes autour des données collectées par les véhicules connectés, quelle que soit leur marque.