L’IA pourra-t-elle un jour créer des jeux sans les humains ? Shigeru Miyamoto, le père de Mario et de Zelda, estime que les progrès de la technologie pourraient au contraire rendre la vision des créateurs encore plus importante.

Shigeru Miyamoto, à l'occasion du 40ᵉ anniversaire de Zelda. © Nintendo
Shigeru Miyamoto, à l'occasion du 40ᵉ anniversaire de Zelda. © Nintendo

À mesure que l’intelligence artificielle automatise certaines tâches, une question peut légitimement se poser : qu’est-ce qui distingue encore une création originale d’un simple assemblage ? Shigeru Miyamoto, figure historique de Nintendo, a livré sa vision de l’IA générative lors d’une conférence de presse organisée après sa réception de l’Ordre de la Culture au Japon. Pour lui, réaliser une œuvre et avoir véritablement quelque chose à exprimer ne sont pas la même chose.

Selon Shigeru Miyamoto, l’IA pourrait mieux révéler ce qui distingue les créateurs

Pour expliquer sa position, Shigeru Miyamoto revient sur les transformations qu’il a connues au fil de sa carrière, alors que les outils informatiques évoluaient rapidement. Il évoque notamment le métier de designer, autrefois associé à des compétences techniques comme la réalisation de lettrages pour des affiches. À mesure que les outils se sont perfectionnés, d’autres qualités ont pris davantage de place, comme le sens de la composition et la capacité à développer une approche personnelle.

Le créateur de Mario voit dans l’IA générative une évolution sensiblement comparable. Si la technologie prend en charge une part croissante du travail nécessaire à la fabrication d’un jeu, la vision de celui qui le conçoit pourrait devenir encore plus déterminante.

Miyamoto distingue ainsi l’intention créative du travail nécessaire pour la concrétiser. Concevoir une œuvre suppose d’abord d’en imaginer la structure générale, puis de passer à sa réalisation, en complétant et en affinant les différents éléments. Or, cette phase de travail peut être gratifiante en elle-même. Le risque, selon lui, est alors de prendre le plaisir d’avoir fabriqué quelque chose pour la preuve que l’on a créé une œuvre de qualité.

Shigeru Miyamoto estime que plus l’IA prend en charge les tâches techniques, plus la vision personnelle des créateurs devient importante. © Jan Graber
Shigeru Miyamoto estime que plus l’IA prend en charge les tâches techniques, plus la vision personnelle des créateurs devient importante. © Jan Graber

Même si l’IA progresse, l’intention humaine reste déterminante

Le concepteur japonais ne considère donc pas l’automatisation comme une menace en soi. Il estime, à l’inverse, qu’elle peut pousser les développeurs à s’interroger davantage sur ce qui donne sa valeur à leur propre travail. Il rappelle, à juste titre, que certaines créations du passé reposaient essentiellement sur des éléments copiés et assemblés, sans véritable intention personnelle. Selon lui, ces productions ont d’ailleurs rarement traversé le temps.

« Même si l’IA devait un jour tout prendre en charge », explique-t-il, les créateurs conserveraient un rôle, car la technologie resterait un outil au service d’une intention humaine. Cette conviction ne signifie pas pour autant que Big N a adopté l’IA générative, l’entreprise n’ayant pas confirmé publiquement son utilisation dans ses jeux.

L'actuel président de Nintendo, Shuntaro Furukawa, a déjà reconnu le potentiel créatif de cette technologie tout en soulignant les risques liés à la propriété intellectuelle. De son côté, Doug Bowser, ancien président de Nintendo of America, avait également indiqué que son utilisation potentielle faisait l’objet de discussions en interne. La firme de Kyoto reste donc relativement prudente sur le sujet, sans pour autant écarter les possibilités offertes par l’IA.

Source : Game Watch

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