Le régulateur britannique estime que Microsoft tire un avantage considérable de l'intégration de ses logiciels professionnels. Après cinq mois d'enquête, il envisage des interventions qui pourraient concerner Copilot, Defender et les offres commerciales du groupe.

Office, Defender, Copilot… Microsoft dans le viseur du Royaume-Uni pour ses logiciels trop bien intégrés. © Tada Images / Shutterstock
Office, Defender, Copilot… Microsoft dans le viseur du Royaume-Uni pour ses logiciels trop bien intégrés. © Tada Images / Shutterstock

La Competition and Markets Authority (CMA), qui avait ouvert en mai dernier une enquête sur les pratiques de Microsoft susceptibles de limiter la concurrence sur le marché des logiciels professionnels, vient de franchir une nouvelle étape. L'autorité britannique de la concurrence propose de placer l'entreprise sous un régime de surveillance renforcée, estimant que les liens techniques et commerciaux entre ses produits compliquent le recours à des solutions concurrentes. Si cette proposition aboutit, Microsoft pourrait être contrainte d'ouvrir davantage ses logiciels aux éditeurs tiers et de revoir certaines de ses offres groupées, notamment autour de Copilot et Defender.

Une intégration qui décourage la concurrence

Pour parvenir à cette conclusion, la CMA s'est intéressée à la manière dont Microsoft tire parti de sa position sur plusieurs marchés, des systèmes d'exploitation aux suites bureautiques, en passant par la cybersécurité et les logiciels pour serveurs. Dans les entreprises, l'utilisation de plusieurs produits Microsoft facilite leur déploiement, leur administration et leur sécurisation depuis un environnement commun. Un avantage pratique auquel s'ajoutent les remises accordées aux clients qui regroupent leurs licences, rendant les offres de l'éditeur particulièrement intéressantes.

Mais plus une entreprise s'équipe chez Microsoft, plus il peut lui coûter de choisir un autre fournisseur. Remplacer un logiciel peut lui faire perdre des réductions négociées sur l'ensemble de ses licences, tandis que les fonctionnalités déjà comprises dans ses abonnements rendent les solutions concurrentes moins attractives. C'est notamment le cas de Defender, dont la présence dans les offres Microsoft 365 peut décourager le recours à un autre éditeur de cybersécurité.

À ces avantages commerciaux s'ajoutent des difficultés techniques, plusieurs concurrents dénonçant un accès moins complet aux données, aux API ou aux fonctions internes des logiciels Microsoft, qui limite les possibilités d'intégration de leurs propres produits. Un déséquilibre dont pourrait également profiter Copilot sur le marché de l'intelligence artificielle, grâce à son intégration directe dans les applications Microsoft 365.

La CMA envisage donc d'imposer un accès plus équitable aux données et aux fonctionnalités des logiciels Microsoft, aussi bien pour les éditeurs de cybersécurité que pour les fournisseurs d'assistants IA. Elle pourrait également faciliter le choix d'un autre assistant par défaut, demander la commercialisation séparée de certaines fonctions de Copilot et revoir les conditions de licence de Windows Server et SQL Server, qui peuvent pénaliser les entreprises préférant un hébergeur concurrent d'Azure.

Teams, un précédent européen aux résultats limités

Pour rappel, Microsoft a déjà été amenée à revoir ses offres groupées en Europe. En septembre 2025, elle s'était engagée auprès de la Commission européenne à commercialiser Office 365 et Microsoft 365 sans Teams, à des tarifs inférieurs, et à améliorer leur interopérabilité avec les services concurrents.

Mais un an plus tard, ces concessions semblent avoir eu peu d'effet sur les habitudes de travail des entreprises. La séparation des licences n'a pas entraîné de migration significative vers les concurrents de Teams, les organisations continuant de privilégier son intégration à Office et les investissements déjà réalisés dans l'environnement Microsoft.

Les autorités britanniques pourraient désormais aller plus loin que la seule séparation des licences, en intervenant directement sur les conditions techniques et commerciales qui entretiennent cette dépendance. Pour cela, la CMA propose d'attribuer à Microsoft le statut de Strategic Market Status (SMS), prévu par la législation britannique sur les marchés numériques. Cette désignation ne constituerait pas une condamnation, mais permettrait d'imposer ultérieurement des obligations ciblées, après de nouvelles procédures. La consultation publique est ouverte jusqu'au 13 novembre, avant une décision définitive attendue au plus tard le 13 février 2027.

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