Withings défend sa décision de rendre payante la synchronisation des données de santé pour ses nouveaux utilisateurs. Interrogée par Clubic, la marque invoque l’avenir économique du fabricant, mais ses explications ne dissipent pas toutes les critiques.

Une balance achetée, des mesures enregistrées et, désormais, un abonnement pour les retrouver automatiquement dans Apple Santé ou Health Connect. Après notre article sur les nouvelles conditions de transfert des données Withings, le fabricant français a souhaité nous expliquer sa position. Nous avons échangé avec Vincent Brand, directeur du département Withings Digital, sur cette décision qui conditionne désormais à un abonnement la synchronisation avec Apple Santé ou Health Connect pour les nouveaux comptes.
« C’est une décision pour préparer notre futur », résume-t-il. Derrière ce changement, Withings défend une évolution de son activité : vendre des appareils, mais aussi les services associés aux données qu’ils produisent.
Des appareils aux données, Withings veut faire évoluer son modèle
Pour l’entreprise française, la valeur dans la santé connectée s’est déplacée. Elle résiderait moins dans le matériel seul que dans ses mesures et ce que les services peuvent en tirer : interprétation, personnalisation, corrélations ou détection.
Le rôle de Withings serait donc « d’avoir le bon business model » pour accompagner cette transformation. Le responsable reconnaît que cette stratégie se traduit par des abonnements payants, mais la replace dans une réflexion sur la pérennité de l’entreprise.
Créer des produits technologiques coûte de plus en plus cher avec des composants achetés longtemps à l’avance, des stocks à financer et la hausse des coûts de production comme des services numériques. « Les marges aussi sont plus compliquées à tenir », souligne-t-il. L’abonnement doit contribuer à financer les investissements et à rendre l’entreprise plus robuste.
Une synchronisation désormais intégrée à Withings+

Nous avons demandé à Vincent Brand pourquoi un client souhaitant simplement retrouver le poids mesuré par sa balance dans Apple Santé devait désormais s’abonner.
« Aujourd’hui et demain surtout, le monde sera différent, donc les usages et ce qui est payant ou gratuit changent », répond-il. Withings+ est proposé en France à 9,95 euros par mois ou 99,50 euros par an. Il rappelle que le service comprend davantage que l’export, notamment un assistant santé capable de mettre les mesures en contexte et d’intégrer et de partager des documents à des professionnels de santé. Pour les nouveaux utilisateurs, la synchronisation est toutefois liée à cette offre, même s’ils ne souhaitent pas utiliser ses fonctions d’IA.
L’IA et la souveraineté au cœur de la stratégie
Withings défend aussi une ouverture vers d’autres services. Son nouveau connecteur IA repose sur le Model Context Protocol, ou MCP, qui permet à un assistant compatible d’accéder aux mesures avec l’autorisation de l’utilisateur. Il devient ainsi possible de l’interroger sur l’évolution de sa tension ou de son sommeil. Ce connecteur exige lui aussi Withings+, ainsi qu’une offre compatible du côté de l’assistant choisi.
Le constructeur estime qu’une partie croissante des usages passera par « des IA qui vont nous aider à faire face à ce flot de données et à nous le rendre digeste ». Withings veut accompagner ce mouvement tout en conservant sa place dans les services de santé.
L’entreprise insiste également sur son identité française et européenne et affirme que les données sont stockées dans un « cloud souverain en France ». Elle présente l’évolution du modèle économique comme un moyen de préserver cet acteur de la santé préventive : « Ce n’est pas parce que notre business model change que la raison d’être de Withings change ».
Cette protection doit néanmoins être distinguée des règles des plateformes connectées. Les conditions d’utilisation de Withings précisent qu’une fois les données communiquées à un service tiers, leur traitement relève de la politique de confidentialité de celui-ci. Une donnée importante à garder en tête avant de livrer ses examens de santé à ChatGPT et consorts.
Les anciens comptes préservés, et une décision assumée
Concernant les utilisateurs historiques, la marque prend un engagement : la décision « n’est pas appliquée à nos anciens utilisateurs et elle ne le sera pas ». Il explique que ceux-ci ont acheté leurs produits dans un cadre que Withings entend respecter. Le critère publié reste la date de création du compte, et non celle de l’achat d’un appareil.
Le constructeur avait anticipé les réactions. « C’est quelque chose qui est sensible, on le sait », reconnaît-il. Pour autant, un changement de cap immédiat n’est pas envisagé : « Revenir sur une décision du jour au lendemain, non. »
Ce débat rappelle le bras de fer entre Garmin et Strava à l’automne 2025. Garmin exigeait un affichage plus visible de sa marque sur les plateformes exploitant les mesures de ses montres, sous peine de couper l’accès au transfert automatique. Strava avait finalement accepté ces conditions, puis retiré sa plainte contre Garmin, qui portait sur des brevets.
Garmin voulait rendre sa marque plus visible, Withings veut renforcer ses revenus d’abonnement. Deux stratégies différentes, mais un même enjeu : la valeur des données produites par leurs appareils. Avec l’essor de l’IA, les fabricants veulent aussi tirer leur épingle du jeu, notamment lorsque leurs mesures alimentent les services des autres.