Un Cessna Caravan a traversé les États-Unis, de la Californie à la Caroline du Nord, sans que son pilote de sécurité touche une seule fois aux commandes. Joby Aviation annonce le premier vol transcontinental entièrement autonome du pays, sur 5 148 kilomètres.

Alors certes,
un pilote de sécurité occupait la cabine, puisque la FAA l'exige, mais il n'a donné aucune commande durant le trajet. Dans son communiqué du 18 septembre, Joby, qui a mis au point l'engin, précise que l'avion a réalisé seul toutes les phases du vol, du roulage à l'atterrissage. Gizmodo précise que l'opération s'est déroulée en une semaine et quatre étapes. Le Caravan a relié Concord, en Californie, à l'aéroport régional du comté de Dare, sur les Outer Banks de Caroline du Nord. Il aurait même conclu ce parcours par un petit clin d'œil à l'histoire de l'aéronautique, avec passage à basse altitude près du monument de Kitty Hawk, où Orville et Wilbur Wright ont réalisé en 1903 le premier vol motorisé de l'histoire.
Un avion seul aux commandes, sous double supervision humaine
Phoenix Deer Valley est l'un des aéroports d'aviation générale les plus fréquentés du pays. À Phoenix, le Caravan a modifié seul sa route en temps réel pour éviter des orages, selon Joby.
Tout au long de la traversée, des opérateurs installés à l'Autonomy Headquarters de Joby, en Californie, et sur la base aérienne de Shaw, en Caroline du Sud, ont supervisé l'appareil jusqu'à 3 738 kilomètres de distance. Un pilote à distance a tenu le rôle de commandant de bord, d'après Aviacionline. Il a mis à jour le plan de vol et échangé avec le contrôle aérien, tandis que le pilote de sécurité pouvait reprendre les commandes en cas d'urgence.
Le Caravan est un Cessna 208B Grand Caravan produit en série, que Joby a équipé de son système de vol autonome J208. Il a volé sous un certificat expérimental de la FAA pour la recherche et le développement.
Airbus travaille aussi sur la supervision humaine d'appareils autonomes. En juillet, on vous l'a expliqué dans la démonstration de son logiciel MARS Autonomy sur deux drones Primoco One 150, au salon ILA de Berlin. Airbus a conçu ce logiciel pour qu'un seul chef de mission supervise plusieurs drones à la fois.
La technologie de Xwing et ses débouchés
Xwing est une start-up américaine de pilotage autonome pour avions-cargos. Joby a racheté sa division autonomie en juin 2024 et annonce plus de 400 vols et 800 heures de vol automatisé avec la technologie de Xwing. Lors de l'exercice Agile Flag de l'US Air Force, un avion équipé de cette autonomie a livré des pièces détachées critiques 24 heures plus vite que la logistique conventionnelle, d'après Joby. Pendant l'exercice REFORPAC, des opérateurs installés à Guam ont piloté à distance des avions basés à Hawaï, à près de 6 400 kilomètres.
Joby est surtout connue pour son taxi volant électrique de quatre passagers. Cet appareil vole jusqu'à 322 kilomètres par heure, mais Aviacionline précise qu'il sera d'abord exploité avec un membre d'équipage à bord, avant que Joby ne lui applique la technologie de Xwing pour automatiser davantage le vol.
« Ce voyage à travers l'Amérique offre un aperçu d'une nouvelle ère de l'aviation », a indiqué JoeBen Bevirt, fondateur et P.-D.G de Joby. Il cite notamment la desserte de communautés isolées, ainsi que l'objectif de « garder les pilotes hors de danger ». Joby a aussi profité de l'escale sur la base de Shaw pour une démonstration de capacités.
Comme le précise TechCrunch, Joby compte d'abord commercialiser un avion régional équipé de son système autonome. Cet avion pourrait effectuer des missions de défense et transporter du fret commercial. Pour soutenir ce projet, l'US Air Force a signé un contrat de 17 millions de dollars avec l'entreprise. En août, Joby a en outre racheté Resonant Sciences pour 500 millions de dollars. Resonant Sciences fabrique des systèmes radiofréquences et des capteurs, dans l'Ohio.
Mais pour l'heure, aucune date de mises en commercialisation n'a été communiquée par Joby. Tout ce que l'entreprise laisse filtrer est que le Caravan repartira d'abord vers l'ouest, avec sept étapes prévues de Raleigh à Portland, dans l'Oregon.