Des pirates nord-coréens seraient à l’origine des compromissions des paquets npm typo-crypto, debug, chalk et axios, selon Amazon. Le groupe poursuivrait un objectif financier via les bibliothèques les plus téléchargées de l’écosystème JavaScript.

Le gestionnaire de paquets npm héberge des millions de bibliothèques JavaScript, dont certaines cumulent des dizaines de millions de téléchargements chaque semaine auprès de développeurs du monde entier. En l’espace d’un an, à partir de mars 2025, des pirates ont pris le contrôle de quatre de ces bibliothèques, typo-crypto, debug, chalk et axios. Avant cette semaine, un seul de ces incidents avait fait l’objet d’une attribution publique, celui d’axios, dont nous vous avons parlé. Les trois autres compromissions relèveraient désormais du même groupe, selon Amazon Threat Intelligence. La communauté de la cybersécurité connaît ce groupe sous plusieurs noms, dont Sapphire Sleet et BlueNoroff. Dans chaque cas, les pirates ont piégé un mainteneur de confiance par ingénierie sociale, avant de publier une mise à jour corrompue. Des milliers d’organisations ont automatiquement récupéré cette version corrompue par leurs outils de mise à jour.
Le même groupe derrière quatre compromissions npm
Les quatre compromissions, celles de typo-crypto, debug, chalk et axios, possèdent des indicateurs de commande et contrôle communs et un mode opératoire proche. En mars 2025, les pirates ont glissé un fichier Core.js à la place du module authentique core-js dans le paquet typo-crypto, un essai limité, vu le faible nombre de téléchargements enregistrés. Six mois plus tard, les pirates ont remis le couvert contre les paquets debug et chalk, deux bibliothèques bien plus populaires. Selon Wiz Research, un environnement cloud sur dix a subi les effets de cette vague en l’espace de deux heures. En mars dernier enfin, les attaquants ont pris le contrôle du compte du mainteneur principal d’axios, une bibliothèque HTTP présente dans la majorité des projets JavaScript modernes. Deux versions corrompues ont circulé pendant plusieurs heures, jusqu’à ce que SentinelOne neutralise la propagation en 89 secondes. Google avait baptisé ce groupe UNC1069 après l’incident axios.
Le groupe poursuivrait un objectif financier plutôt qu’idéologique, selon Amazon. En choisissant un petit nombre de paquets très utilisés comme point d’entrée, il accède potentiellement à des milliers d’environnements en une seule opération, une méthode plus rentable que la conquête d’entreprises une à une.

Des méthodes d’attaque de plus en plus difficiles à repérer
Amazon Threat Intelligence et Amazon Inspector ont remarqué depuis un an une évolution dans les techniques employées contre les dépôts open source.
Les pirates répartissent désormais une charge malveillante unique entre plusieurs paquets d’apparence anodine, si bien qu’aucun composant pris isolément ne déclenche d’alerte. Un compte peut aussi publier des fonctionnalités utiles pendant des mois, jusqu’à ce que la confiance accumulée atteigne son maximum, moment choisi pour glisser un code malveillant. D’autres paquets affichent un code propre sur le registre public, mais les attaquants dissimulent le comportement réel dans un script ou un fichier de configuration hébergé ailleurs, activable à tout moment sans nouvelle publication. Le serveur des attaquants ne transmet la clé de déchiffrement qu’au moment de l’exécution. Une analyse statique complète du code n’est alors plus possible.
Les attaquants utilisent aussi l’IA pour produire du code et des identités de mainteneurs plus convaincants. Les assistants de codage fondés sur l’IA recommandent parfois des noms de paquets qui n’existent nulle part ailleurs. C’est le slopsquatting. Un attaquant averti n’a plus qu'à réserver ce nom à l’avance, avant qu’un développeur, humain ou agent autonome, ne suive la suggestion et n’installe le paquet piégé. Amazon prévient aussi que des attaquants pourraient dissimuler des instructions dans un simple commentaire de code, un procédé destiné à tromper l’outil d’intelligence artificielle chargé d’examiner le paquet et à lui faire valider un code malveillant.
npm a modifié son comportement par défaut. Les scripts d’installation ne s’exécutent plus automatiquement lors du téléchargement d’un paquet, sauf accord explicite du développeur. GitHub, propriétaire du gestionnaire depuis 2020, cite plusieurs attaques passées pour justifier ce changement. Amazon Web Services participe de son côté à une initiative lancée en juin par la Fondation Linux, avec une vingtaine d’organisations fondatrices, dont Google, Microsoft, Anthropic et OpenAI. Ses membres coordonnent la correction des failles critiques avant qu'un attaquant ne les exploite, autour d’une équipe de réponse aux incidents commune. Amazon a investi 12,5 millions de dollars, soit près de 11,6 millions d’euros, aux côtés d'autres entreprises, dans ce programme.
En interne, Amazon Threat Intelligence a transmis les indicateurs observés à Amazon GuardDuty, afin d’alerter ses clients de cette activité.