Claude a découvert une faiblesse majeure dans un candidat à la cryptographie post-quantique et accéléré une attaque contre une version réduite d’AES. Aucun système actuel n’est menacé, mais la démonstration marque un tournant pour la recherche cryptographique.

Jusqu’ici, les modèles d’IA s’illustraient surtout en repérant des failles dans le code ou des erreurs d’implémentation. Anthropic affirme désormais avoir franchi une nouvelle étape avec Claude Mythos Preview, capable de s’attaquer directement aux fondements mathématiques des algorithmes. Le modèle a amélioré la meilleure attaque connue contre HAWK, qui figurait parmi les candidats à la standardisation post-quantique du NIST, et trouvé une méthode bien plus rapide contre une version volontairement affaiblie d’AES. Deux avancées importantes pour la recherche, sans conséquence immédiate sur les systèmes déjà déployés.
HAWK contraint de jeter l’éponge après la découverte de Claude
HAWK faisait partie des algorithmes de signature numérique conçus pour résister aux futurs ordinateurs quantiques. Encore en phase d’évaluation au moment de la découverte, il devait offrir une solution compacte et performante face aux techniques capables, un jour, de mettre en échec les signatures actuellement utilisées sur Internet.
Avec l’aide d’un chercheur d’Anthropic, Claude a repéré une symétrie mathématique jusque-là inexploitée dans la structure de HAWK. Cette propriété permet d’accélérer fortement la récupération d’une clé privée et ramène la sécurité réelle de l’algorithme bien en dessous des estimations initiales.
L’attaque reste coûteuse et ne permet pas de casser instantanément les plus grandes clés. Elle oblige néanmoins à doubler leur taille pour retrouver le niveau de protection promis, ce qui alourdirait leur stockage, leur transmission et les calculs nécessaires. HAWK perdrait ainsi une bonne partie de son intérêt face aux autres candidats post-quantiques, puisqu’il devait justement se démarquer par des paramètres plus légers et moins exigeants en ressources. Le constat a d’ailleurs été jugé rédhibitoire par l’équipe de HAWK, qui a retiré sa candidature du processus du NIST le 29 juillet, estimant que les solutions envisagées rendraient l’algorithme non compétitif.
La découverte est d’autant plus notable que le projet avait déjà été examiné pendant deux ans par des spécialistes. Claude aurait eu besoin d’environ 60 heures, dans un environnement composé de plusieurs agents et d’outils mathématiques, pour concevoir puis vérifier l’attaque de manière semi-autonome, avec une supervision humaine ponctuelle.
Une attaque théorique contre AES jusqu’à 800 fois plus rapide
Le second résultat concerne AES-128, l’un des algorithmes de chiffrement les plus utilisés au monde. Pas de panique toutefois : Claude n’a pas cassé la version complète déployée dans les VPN, les navigateurs, les messageries ou les supports de stockage.
Pour comprendre de quoi il retourne, il faut savoir qu’AES-128 protège les données en leur appliquant dix séries successives d’opérations mathématiques. Anthropic s’est ici intéressé à une variante volontairement limitée à sept tours, étudiée par les cryptographes pour expérimenter de nouvelles techniques d’attaque et mieux évaluer la résistance de l’algorithme complet.
Claude a conçu pour cela une méthode baptisée Möbius Bridge. Dans l’attaque de référence, une étape imposait de tester 256 valeurs les unes après les autres. La nouvelle technique produit une empreinte mathématique valable pour l’ensemble de ces possibilités, sans avoir à les examiner séparément. Associée à plusieurs optimisations, elle rend l’attaque entre 200 et 800 fois plus rapide que la meilleure méthode connue jusqu’alors.
L’attaque reste toutefois impraticable. Elle ne porte que sur sept des dix tours d’AES-128 et suppose de pouvoir faire chiffrer avec une même clé environ 2105 blocs de données choisis par l’attaquant, soit plus de 40 000 milliards de milliards de milliards. Un volume totalement irréaliste.
Toujours est-il que si ces travaux ne mettent aujourd’hui aucun système déployé en danger, ils montrent que les modèles d’IA ne se contentent plus de repérer des erreurs dans le code. Ils peuvent désormais faire progresser la cryptanalyse elle-même, mettre au jour des propriétés mathématiques jusque-là inexploitées et améliorer en quelques jours des techniques issues de plusieurs années de recherche.

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