Un an après la mise en orbite de son premier satellite, la start-up américaine Xona Space Systems dresse le bilan de son programme Pulsar, pensé comme une alternative au GPS. Les premiers résultats confirment un signal plus puissant, plus précis et plus difficile à brouiller.

satellite Pulsar

Pulsar-0 a rejoint l'orbite basse le 1er juillet 2025, à bord d'une fusée Falcon 9 de SpaceX. Depuis, ce satellite sert de démonstrateur pour une architecture censée succéder au GPS, avec à terme une constellation de 258 satellites.

Un an d'essais pour prouver la résistance au brouillage

Le principe de Pulsar repose sur l'orbite basse. Plus proche de la Terre que le GPS, positionné en orbite moyenne, un satellite Pulsar émet un signal jusqu'à 100 fois plus puissant. Cette différence change l'usage concret : la réception devient possible en ville dense, sous une canopée épaisse, voire à l'intérieur d'un bâtiment, des zones où le GPS peine ou échoue.

Cette puissance a été testée lors de campagnes de brouillage en conditions réelles, menées dans plusieurs pays. Xona affirme avoir réduit de 95% la zone efficace d'un brouilleur par rapport à un signal GPS classique. L'entreprise a aussi ajouté un filigrane anti-spoofing à chaque diffusion. Pour mémoire, le spoofing consiste à générer un faux signal de navigation pour tromper un récepteur, une menace qui inquiète particulièrement l'aviation civile et le transport maritime. Un récepteur peut ainsi vérifier, grâce à une preuve cryptographique, qu'un signal provient bien d'un satellite en orbite et non d'un émetteur au sol qui chercherait à l'imiter.

Le satellite a aussi été testé en intérieur, dans la cage d'escalier en béton du bureau montréalais de Xona, un environnement où le GPS reste hors service. Sa précision native a par ailleurs progressé, passant de 4,2 centimètres d'erreur de télémétrie lors des premiers essais à 1,5 centimètre aujourd'hui, soit un gain de plus de 2,8 fois. Cette évolution tient à l'architecture du satellite, dont le signal est entièrement défini par logiciel : Xona peut déployer des correctifs et des améliorations en orbite, sans attendre un nouveau matériel. Sur un an, quatre mises à jour majeures ont été livrées de cette façon.

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Objectif 258 satellites, sans forcer la mise à niveau des récepteurs

Après cette phase de validation, Xona passe à l'échelle. Les six premiers satellites de série doivent décoller au mois d'octobre, avec un service précoce annoncé pour 2027. La suite du déploiement doit amener la constellation à 258 satellites, un chiffre nécessaire puisqu'une constellation en orbite basse demande environ 10 fois plus de satellites qu'une constellation en orbite moyenne comme le GPS pour offrir une couverture équivalente. L'entreprise mise sur la baisse des coûts de fabrication et de lancement, notamment grâce à l'essor des méga-constellations comme Starlink.

Contrairement à la start-up concurrente TrustPoint, qui mise sur la bande C (4 à 8 GHz) pour compliquer le brouillage, Xona a choisi de rester compatible avec les bandes L1 et L5 déjà utilisées par le GPS. Certains récepteurs existants n'auraient besoin que d'une mise à jour logicielle pour capter Pulsar, sans changement de matériel. Le programme Pulsar Verified, lancé le 9 juillet dernier, formalise cette compatibilité avec des fabricants comme Trimble, Septentrio, STMicroelectronics, Safran, StarNav ou Keysight.

Pour ses premiers clients, la startup a en ligne de mire les entreprises positionnées sur les secteurs de la défense, de la sécurité nationale, ou des agences gouvernementales, déjà habituées à payer pour des services de positionnement premium.

Galileo et Celeste : la réponse européenne, déjà en partie en orbite

Contrairement au GPS, Galileo n’a pas attendu Xona pour améliorer sa précision. Conçu pour une constellation d’environ 30 satellites en orbite moyenne à 23 222 kilomètres d’altitude, le système européen compte aujourd’hui une trentaine d’engins en service et vise une précision de l’ordre du mètre pour les usages grand public. D’après le CNES, un service gratuit de corrections haute précision (HAS), disponible depuis janvier 2023, permet de descendre à une vingtaine de centimètres sans abonnement ni matériel spécifique. Galileo dispose aussi de sa propre parade au spoofing : le service d’authentification OSNMA, activé en 2025, permet à un récepteur de vérifier l’origine d’un message de navigation. Une seconde génération de satellites est déjà en production chez Thales Alenia Space et Airbus, avec un premier lancement prévu via Ariane 6.

Cette avance n'empêche pas l'Europe de regarder aussi du côté de l'orbite basse. L'agence spatiale européenne pilote son propre programme, baptisé Celeste, au sein du plan FutureNAV. Contrairement à Xona, il ne s'agit pas d'une entreprise privée mais d'un projet institutionnel, confié à deux consortiums industriels menés respectivement par le fabricant espagnol GMV, associé à l'allemand OHB, et par Thales Alenia Space. Les deux premiers satellites démonstrateurs, IOD-1 et IOD-2, ont décollé le 28 mars dernier depuis la Nouvelle-Zélande à bord d'une fusée Electron de Rocket Lab. Le premier signal de navigation a été reçu le 8 avril, suivi d'un signal en double fréquence sur les bandes L et S le 16 avril.

L'objectif de Celeste est proche de celui de Pulsar puisqu'il s'agit d'ajouter une couche de navigation en orbite basse pour renforcer la résilience de Galileo et d'EGNOS, notamment en ville dense et à l'intérieur des bâtiments. La constellation doit atteindre onze satellites, avec des lancements complémentaires prévus à partir de 2027. De son côté, Xona dispose déjà d'un an de données en orbite avec Pulsar-0, quand Celeste commence tout juste sa phase de démonstration