Deux robots humanoïdes ont retiré la vésicule biliaire d’un cochon lors de deux essais chirurgicaux distincts, une première relayée récemment dans la revue Nature. Les robots étaient pilotés à distance par des chirurgiens de l’université de Californie à San Diego, avec des instruments chirurgicaux ordinaires.

Lors d'une intervention chirurgicale, une équipe homme-robot composée d'un robot humanoïde et d'un chirurgien humain agissant comme assistant a réalisé avec succès une ablation de la vésicule biliaire. - ©École d'ingénierie Jacobs de l'UC San Diego, sous licence CC 4.0
Lors d'une intervention chirurgicale, une équipe homme-robot composée d'un robot humanoïde et d'un chirurgien humain agissant comme assistant a réalisé avec succès une ablation de la vésicule biliaire. - ©École d'ingénierie Jacobs de l'UC San Diego, sous licence CC 4.0

L’intervention, supervisée par un vétérinaire durant toute l’anesthésie de l’animal, s’est déroulée en deux parties. Dans un premier temps, un chirurgien humain a assisté un robot lors du retrait. Puis, les deux robots ont opéré en binôme, sans assistance humaine directe sur le geste chirurgical. Les chirurgiens ont utilisé des instruments chirurgicaux ordinaires, ceux d’un bloc opératoire classique. Les deux robots, que leurs concepteurs ont appelés « Surgie », mesurent 1,52 mètre pour 27 kilos.

Surgie pèse trente fois moins qu’un da Vinci à 2,2 millions d’euros

Michael Yip enseigne le génie électrique et informatique à l’université de Californie à San Diego. Il a conçu ces robots avec une équipe de chirurgiens. Selon lui, ces robots viendront épauler ou remplacer un opérateur humain, pour pallier le manque de chirurgiens spécialisés.

Actuellement, de nombreux hôpitaux à travers le monde sont équipés de plus de 5 500 systèmes da Vinci, fabriqués par Intuitive Surgical. Ces robots coûtent 2,2 millions d’euros, travaux d’adaptation du bloc opératoire compris. Chaque système pèse 817 kilos et est équipé de trois ou quatre bras spécialisés. Le marché mondial des da Vinci représente 2,5 milliards d’euros et devrait atteindre 7,6 milliards d'euros en 2033.

Avec 27 kilos, Surgie pèse trente fois moins qu’un da Vinci. Le robot mesure 1,52 mètre et marche sur deux jambes. Les chercheurs ont fabriqué des adaptateurs pour que ses mains tiennent des instruments de laparoscopie classiques. Intuitive Surgical conçoit des outils propriétaires pour le da Vinci, incompatibles avec d’autres marques.

Les chirurgiens recalibrent les robots plusieurs fois pendant l’opération

Les deux essais ont duré plus longtemps qu’une intervention menée avec un da Vinci. Shanglei Liu, professeure adjointe de chirurgie à l’école de médecine de l’université, a piloté un des deux robots à distance durant l’essai. Elle a dû le recalibrer à plusieurs reprises en cours d’opération. Il restera donc encore longtemps une main humaine au bout de celle du robot. Quoi qu’il en soit, dans les années 1990, la première chirurgie laparoscopique assistée par robot a duré six heures. Aujourd’hui, elle ne dure plus que trente minutes, avec les systèmes matures.

Par ailleurs, les équipes de Michael Yip travaillent à réduire la latence entre le geste du chirurgien sur la console et le mouvement du robot. À terme, ces robots pourraient intervenir dans des communautés éloignées, pilotés à distance. Shanglei Liu pense aussi à réaliser des interventions en dehors des hôpitaux traditionnels, jusqu’au champ de bataille ou dans l'’espace.

Dès 2022, le robot STAR a effectué une anastomose intestinale sur des porcs, en autonomie quasi complète. Deux ans plus tard, un robot dentaire opérait un patient humain aux États-Unis, une première pour la profession. Mais contrairement à ces deux systèmes, les chirurgiens gardent la main sur chaque geste de Surgie, via téléopération.

Puisque le robot marche et manipule déjà des objets divers, l’équipe de recherche envisage de lui confier d’autres tâches dans le bloc opératoire. Par exemple, il pourrait apporter des instruments aux chirurgiens ou ranger la salle après une intervention. Michael Yip projette un bloc opératoire où humains et robots interviendraient en équipe, aussi bien à l’hôpital que sur le terrain.

Source : Gizmodo