Jean-Luc Mélenchon s’est emparé de la fin annoncée des jeux PlayStation sur disque. Sa sortie politique vise juste sur le fond, mais elle ressemble davantage à une promesse de campagne lancée face à une décision industrielle mondiale déjà bien engagée.

Jean-Luc Mélenchon promet d'ouvrir le chantier de la dématérialisation dans le JV en 2027. ©Victor Velter x Shutterstock
Jean-Luc Mélenchon promet d'ouvrir le chantier de la dématérialisation dans le JV en 2027. ©Victor Velter x Shutterstock

Il fallait donc que la PlayStation entre dans le débat politique de l’élection présidentielle de 2027. Après l’annonce de Sony, qui doit tourner la page des disques physiques pour les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028, Jean-Luc Mélenchon a réagi sur X. Le candidat de La France insoumise à la présidentielle y dénonce un monde où les joueurs paieraient « sans jamais rien posséder » et promet d’ouvrir « le chantier en 2027 », rappelant au passage que « les joueuses et joueurs aussi ont des droits ».

Sur le fond, difficile de lui donner tort. C’est même précisément le problème que nous pointions hier : avec le tout-dématérialisé, un jeu devient de moins en moins un objet que l’on achète, prête, revend ou conserve, et de plus en plus un simple droit d’accès, suspendu à un compte, une boutique et des conditions d’utilisation.

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Une bonne question, mais un peu tard

Le problème, c’est que cette prise de parole arrive au moment où le train a déjà quitté la gare. La décision de Sony n’est pas une lubie locale que l’on corrigera par un amendement bien placé. C’est un mouvement mondial, industriel, amorcé depuis des années par l’explosion des ventes numériques, les consoles sans lecteur et les marges beaucoup plus confortables des boutiques en ligne.

Le symbole est d’autant plus fort que Sony prépare aussi la reconversion de son site autrichien de Thalgau, dernier grand bastion interne de la production de disques PlayStation, vers la production de microlentilles optiques. Bref, l'enterrement est bien avancé.

Le pot de terre contre le pot de fer

Jean-Luc Mélenchon met le doigt sur un vrai sujet. La fin du disque fragilise le prêt, l’occasion, la conservation des œuvres et la notion même de propriété. Mais sa promesse ressemble à beaucoup d’autres promesses politiques face au numérique : elle arrive quand les multinationales ont déjà fixé les règles du jeu, déplacé les usages et habitué les consommateurs à un nouveau modèle.

On peut toujours ouvrir un chantier en 2027. On peut même espérer qu’il débouche enfin sur des droits plus clairs pour les acheteurs de contenus numériques. Mais il faudra alors affronter une réalité moins spectaculaire qu’un message sur X. Sony, Microsoft, Apple, Amazon ou Google ne changeront pas de trajectoire parce que la politique française découvre, un peu tard, que l’économie de l’accès a remplacé celle de la possession.

Si la sortie de Jean-Luc Mélenchon a bien le mérite de remettre le sujet sur la table, elle montre aussi, comme souvent dans le numérique, que les responsables politiques arrivent souvent après la bataille, davantage dans la réaction que dans l’anticipation.