Asus annonce que la hausse des prix PC devrait retomber à un chiffre au troisième trimestre 2026. Après 30 % de cumul depuis fin 2025, ça ressemble à une bonne nouvelle. Acer, Lenovo et IDC regardent la même réalité et ne voient rien de tel.

Depuis l'été 2024, l'intelligence artificielle a progressivement absorbé l'essentiel de la production mondiale de DRAM et de NAND, les deux types de mémoire qui équipent les SSD et les barrettes RAM des PC. Les data centers ont besoin de mémoire à haute bande passante (HBM) en volumes toujours plus importants, et Samsung, SK Hynix et Micron ont logiquement orienté leurs lignes de fabrication vers les composants les plus rentables. La DDR4 et la DDR5 grand public n'ont reçu que les résidus de capacité. Résultat : les constructeurs de PC sont devenus des acheteurs de second rang dans un marché sous pression, contraints de stocker massivement et de négocier des contrats d'approvisionnement sur deux à trois ans pour anticiper la pénurie depuis le quatrième trimestre 2025.
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Ce qu'Asus annonce : les hausses de prix ralentissent
Liao Yi-Hsiang, directeur général de la division Systèmes d'Asus, a déclaré à United Daily News (repris par site de hardware anglophone Videocardz) que les hausses sur ses produits PC devraient tomber à un chiffre au troisième trimestre 2026, avec une estimation d'environ 5 %. Pour Asus, le signe le plus clair de cette accalmie est dans la structure de ses propres ventes : les produits premium représentent désormais 60 % des volumes PC de la marque, et le chiffre d'affaires a progressé d'environ 25 % sur un an, preuve que la hausse des prix a jusqu'ici compensé la baisse des volumes. Quelques mois d'avance sur les stocks mémoire, des contrats d'approvisionnement sécurisés plus tôt que la concurrence, et la bascule vers le haut de gamme : la combinaison donne à Asus une lisibilité que ses concurrents directs n'ont pas.
Il ne faut pas pour autant interpréter la déclaration d'Asus comme un retournement de cycle général. L'annonce vient d'un seul constructeur, sur la base de sa propre situation d'approvisionnement, et ne reflète pas nécessairement l'état du marché dans son ensemble.
Pourquoi Acer, Lenovo et IDC lisent la situation différemment
Chen Junsheng, le président d'Acer, a déclaré publiquement ne voir « aucun signe » d'une baisse réelle des prix mémoire. Lenovo prévoit une nouvelle hausse pour juillet. Dell, de son côté, avait prévenu ses partenaires dès la mi-2025 de hausses de 15 à 20 %. Ces trois signaux convergent vers la même lecture : ce que vit Asus sur son segment premium ne préfigure pas une normalisation du marché.
Du côté d'IDC, les chiffres publiés en juin 2026 dressent un tableau plus sévère encore. Le cabinet anticipe un recul des livraisons PC de 11,3 % sur l'ensemble de l'année, avec un quatrième trimestre qui pourrait chuter jusqu'à 20 % en glissement annuel, tandis que le prix de vente moyen progresserait de 18,3 %. Il ne voit pas de retour aux prix de 2025 avant la fin 2027. La racine du problème reste inchangée : la production mondiale de mémoire ne couvrirait que 60 % de la demande jusqu'en 2027, selon un rapport du Nikkei Asia. Tant que les data centers d'IA resteront aussi voraces, les fabricants de DRAM n'auront aucune raison économique de réorienter leur production vers la mémoire grand public. HP avait d'ailleurs prévenu dès fin 2025 que ses portables d'entrée de gamme allaient à la fois augmenter de prix et réduire leur quantité de RAM embarquée, une double peine qui illustre mieux que n'importe quelle statistique ce que cette pénurie coûte concrètement.
Pour l'acheteur qui hésite, les 5 % d'Asus au T3 ne changent pas l'équation de fond : IDC ne voit pas de retour aux prix de 2025 avant fin 2027, et l'entrée de gamme, là où les marges constructeurs sont les plus faibles, subira les répercussions les plus directes.