Ford Motor Company fabrique des voitures depuis 1903. Depuis mai, l’entreprise fabrique aussi des batteries de réseau. Ford Energy, filiale à 100 % du groupe de Dearborn, produit des systèmes de stockage d’énergie à grande échelle pour centres de données, opérateurs d’électricité et clients industriels. Ford y a engagé 1,8 milliard d’euros.

Sept jours après le lancement officiel, Ford Energy a signé son premier contrat commercial avec EDF Power Solutions North America, branche nord-américaine du groupe français EDF - ©Tada Images / Shutterstock
Sept jours après le lancement officiel, Ford Energy a signé son premier contrat commercial avec EDF Power Solutions North America, branche nord-américaine du groupe français EDF - ©Tada Images / Shutterstock

L’usine se trouve à Glendale, dans le Kentucky. Ford l’a récupérée lors de la dissolution en décembre 2025 de BlueOval SK, coentreprise de 10,4 milliards d’euros formée en 2021 avec le fabricant de batteries sud-coréen SK On pour produire des cellules destinées aux véhicules électriques.

Comme la demande en voitures électriques n’a pas atteint les volumes prévus, les deux partenaires ont séparé leurs actifs en décembre dernier : Ford garde le Kentucky, SK On prend le Tennessee. Ford a par ailleurs repris un prêt de 3,5 milliards d'euros du Département américain de l’énergie attaché au site.

Ford Energy livre du lithium fer phosphate sous licence CATL à EDF Power Solutions

Le produit phare s’appelle DC Block. Il s’agit d’un système containerisé de 6 mètres, construit autour de cellules prismatiques lithium fer phosphate de 512 ampères-heures. Chaque unité stocke 5,45 mégawattheures. La technologie est licenciée auprès de CATL, le fabricant chinois qui domine la production mondiale de cellules. L’administration Biden a placé CATL sur la liste des entreprises militaires chinoises du Pentagone en janvier 2025. La loi d’autorisation de la défense nationale de 2024 interdit au Département de la défense tout contrat avec les sociétés inscrites sur cette liste à partir de ce mois de juin.

CATL conteste ce classement depuis lors : le co-président Pan Jian a effectué au moins deux déplacements à Washington pour plaider son dossier auprès des responsables du Pentagone, sans résultat à ce jour. Certains s'interrogent en outre sur la compatibilité de cette technologie avec les règles fédérales d’achat public applicables aux produits fabriqués aux États-Unis. Ford affirme que l’assemblage se fait entièrement en sol américain.

Sept jours après le lancement officiel, Ford Energy a signé son premier contrat commercial avec EDF Power Solutions North America, branche nord-américaine du groupe français EDF. L’accord-cadre de cinq ans porte sur jusqu’à 4 gigawattheures par an, soit 20 gigawattheures au total. Les livraisons débuteront en 2028.

L'administration Biden a placé CATL sur la liste des entreprises militaires chinoises du Pentagone en janvier 2025 - ©Poetra.RH / Shutterstock
L'administration Biden a placé CATL sur la liste des entreprises militaires chinoises du Pentagone en janvier 2025 - ©Poetra.RH / Shutterstock

General Motors investit dans le stockage de réseau, et Morgan Stanley valorise Ford Energy à 9 milliards d’euros

General Motors a annoncé son propre programme de stockage d’énergie à grande échelle plus tôt cette année. Les deux constructeurs de Detroit ont identifié le même déséquilibre : les centres de données d’intelligence artificielle absorbent de l’électricité en continu, les réseaux électriques ne sont pas dimensionnés pour ces pics de consommation, et les batteries de réseau comblent cet écart à moindre coût que les lignes à haute tension.

La production annuelle minimale visée par l’usine de Glendale atteint 20 gigawattheures, volume que le seul contrat EDF absorbe en totalité sur cinq ans. Les analystes de Morgan Stanley ont évalué Ford Energy jusqu’à 9,2 milliards d’euros en tant qu’entité autonome, chiffre purement spéculatif à ce stade puisque l'usine n’a pas encore expédié un seul système. L’action Ford a bondi d’environ 20 % dans les 48 heures suivant l’annonce, franchissant 15,50 euros depuis un plancher de moins de 13 euros, avant de retomber autour de 13 euros quelques semaines plus tard.

Par ailleurs, le Kentucky négocie avec Ford le sort d’un prêt de 230 millions d'euros accordé par l’État lors de la construction du site. Ce prêt était conditionné à des objectifs d’emploi. La dissolution de BlueOval SK les a rendus caducs, et Ford n'a pas encore présenté de plan de remplacement au gouverneur Andy Beshear.

Source : TheNextWeb