L'ADEME a publié jeudi la toute première étude environnementale consacrée à un système robotisé d'entrepôt, le Skypod d'Exotec, très utilisé en France. Pour l'agence, le bilan carbone est positif à productivité équivalente, mais nettement plus négatif à surface identique.

L'Agence de la transition écologique (l'ADEME) a comparé le système Skypod à un entrepôt classique de deux manières différentes, et de ce qu'on peut constater dans l'étude publiée jeudi, les résultats s'opposent. Pour un même volume de commandes traité, l'entrepôt automatisé tiendrait sur une surface plus réduite, puisqu'il émettrait jusqu'à 35 % de gaz à effet de serre en moins et consommerait deux fois moins d'énergie. Mais à bâtiment de taille identique, entasser davantage de robots et d'équipements coûterait au contraire plus cher à la planète qu'un fonctionnement manuel classique. Décryptage d'une étude aux résultats à double tranchant.
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Automatiser un entrepôt peut réduire les émissions de CO2 jusqu'à 35 %
Pour resituer un peu les choses, le Skypod, qui équipe notamment des entrepôts de Lyreco, d'Hartmann France ou de Leclerc, repose sur des robots mobiles autonomes, dits AS/RS (système de stockage et de récupération automatisé), qui se déplacent seuls dans l'entrepôt et apportent directement les bacs au préparateur de commandes, qui n'a donc plus à se déplacer. Publiée le jeudi 18 juin, l'étude inédite a été menée par l'ADEME avec le soutien d'Exotec, un poids lourd mondial de l'automatisation d'entrepôts. Pour comparer ce système à un fonctionnement classique avec opérateurs humains, quatre scénarios type ont été modélisés.
Pour comparer les deux systèmes, l'ADEME a procédé en deux temps : un face-à-face à surface égale, entrepôt automatisé contre entrepôt manuel de même taille, puis un second à activité égale, soit un même volume de commandes traitées, peu importe la surface occupée. Trois indicateurs ont guidé l'analyse, selon la méthode ADEME d'évaluation environnementale. Il y a les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d'énergie, et l'occupation des sols, un élément très important, au moment où la France limite la construction sur des terrains naturels, au nom du Zéro Artificialisation Nette (ZAN).
Il ne s'agit d'ailleurs pas ici du seul cas d'Exotec, puisque l'automatisation des entrepôts s'accélère, portée par la pénurie de main-d'œuvre dans la logistique et par la pression croissante sur le foncier disponible. Avec plus de 200 sites équipés dans le monde, pour des clients comme Renault, Decathlon ou Uniqlo, Exotec est un cas d'étude emblématique.
Le Skypod plus vertueux à productivité égale, plus polluant à surface égale
Quoi qu'il en soit, le premier enseignement qu'on peut tirer de l'étude de l'ADEME, et certainement le plus encourageant, c'est quà activité égale, le système Skypod limite les émissions de GES de 19 à 35 % par rapport à un entrepôt manuel, tout en divisant par deux la consommation énergétique. Cette baisse vient de deux effets cumulés, avec un parc de salariés réduit, donc moins de salariés et moins de trajets domicile-travail ; et une surface plus réduite, donc moins de besoins en chauffage.
Le tableau est plus sombre dès qu'on raisonne à surface équivalente. Dans ce cas précis, le Skypod émet près de trois fois plus de gaz à effet de serre et consomme 81 % d'énergie en plus qu'un entrepôt classique. En cause, on retrouve la densification des équipements, des racks spécifiques, des bacs plastiques en plus grand nombre, et l'alimentation électrique des robots, nettement plus énergivore que les équipements passifs de l'entrepôt.
Bon point en revanche sur l'occupation des sols, où le bilan penche nettement du côté du Skypod. Lorsque l'automatisation permet d'éviter la construction d'un nouvel entrepôt, la surface nécessaire est divisée par trois, un atout précieux à l'heure du ZAN. Tout est donc affaire d'usage : optimiser l'espace existant ou réduire l'empreinte au sol.
Un bénéfice environnemental fragile et sous conditions
L'ADEME pointe toutefois une limite importante. L'avantage du Skypod repose en effet en bonne partie sur la façon dont les salariés se déplacent et dont l'entrepôt manuel se chauffe aujourd'hui, le plus souvent en voiture thermique et au gaz. Si ces deux usages s'électrifiaient dans les années à venir, l'écart se resserrerait fortement, au point que l'entrepôt manuel pourrait redevenir moins polluant que sa version automatisée, même à activité égale.
Pour que ces bénéfices ne s'évaporent pas avec le temps, l'ADEME recommande deux types d'actions. Aux fabricants comme Exotec, elle demande d'accélérer l'éco-conception des robots, c'est-à-dire d'utiliser des matériaux recyclés ou bas carbone, et d'allonger leur durée de vie. Aux entreprises qui exploitent les entrepôts, elle demande d' électrifier en priorité le chauffage et d'offrir aux salariés une mobilité plus propre, à l'aide de véhicules électriques ou de navettes collectives.
L'étude reconnaît quand même ses limites. Elle ne couvre effectivement que le cas Skypod, sans évaluer les éventuels effets rebonds liés aux gains de productivité, ni les impacts sociaux ou économiques de l'automatisation. D'autres analyses, menées sur d'autres systèmes robotisés du marché, seront nécessaires pour généraliser ces conclusions à l'ensemble du secteur de la logistique automatisée.
Au bout du compte, on comprend ici que le robot n'est ni un sauveur écologique automatique, ni une fatalité polluante. Tout dépend en réalité de la manière dont on s'en sert. À l'heure où l'automatisation gagne du terrain dans la logistique, cette nuance pourrait bien peser plus lourd que prévu dans les décisions des entreprises.