La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes dévoile que près de 4 garages sur 10 sont coupables de tarifs opaques et de factures gonflées. La réparation automobile reste un terrain miné pour les conducteurs.

Alors que l'entretien d'une voiture figure parmi les postes de dépenses les plus lourds des ménages français, le secteur de la réparation n'est pas franchement le plus honnête du monde. En 2024, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a inspecté plus de 1 600 établissements, et les résultats dévoilés le jeudi 4 juin ne sont pas rassurants. Au milieu des tarifs mal affichés, des arnaques sur factures et des dérives en ligne, le bilan est peu flatteur et montre que le secteur est sous pression.
Plus de 10 000 plaintes contre des garages en 2025, la DGCCRF maintient la pression
Réparer sa voiture coûte de plus en plus cher. Entre 2019 et 2023, la facture moyenne a grimpé de plus de 20 % selon l'INSEE, et le tarif de la main-d'œuvre est aligné, puisqu'il est passé de 84 à 100 euros de l'heure en quatre ans seulement. Une pression financière réelle pour les ménages, qui justifie que la DGCCRF ait décidé de mettre le secteur sous surveillance. En 2024, ce sont ainsi plus de 1 600 établissements qui ont été inspectés.
Résultat des courses, 4 établissements sur 10 présentaient des irrégularités, contre 3 sur 10 lors de la précédente enquête menée en 2022, une hausse que la DGCCRF explique en partie par un meilleur ciblage des contrôles. Parmi les manquements les plus fréquents, on peut citer les tarifs affichés de façon incomplète ou illisible, les factures trop vagues sur la nature des travaux réalisés, et surtout l'absence totale de prix affiché pour certaines prestations quasi-systématiques; Cela englobe notamment les frais de diagnostic (le temps passé à identifier la panne) ou de gardiennage (le fait de laisser le véhicule au garage entre deux interventions).
Mais les enquêteurs sont allés plus loin. Certains garagistes ont carrément facturé des pièces soi-disant remplacées, alors qu'en réalité, personne n'avait touché au véhicule. D'autres ont simplement fait payer plus que le prix annoncé. Des arnaques en bonne et due forme, qui expliquent pourquoi plus de 10 000 signalements ont été déposés sur Signal Conso, la plateforme officielle du gouvernement pour alerter la répression des fraudes, rien que sur ce secteur en 2025. Au total, la DGCCRF a adressé près de 500 injonctions de mise en conformité, plus de 220 procès-verbaux et 580 avertissements.

Quand les arnaques en garage s'invitent aussi sur les réseaux sociaux
Les contrats eux-mêmes cachaient parfois de mauvaises surprises. Certains garagistes y glissaient des clauses illégales, au hasard des pénalités de retard de paiement normalement réservées aux relations entre professionnels, mais appliquées ici à de simples particuliers, ou encore des clauses dégageant leur responsabilité en cas de vol ou de dégradation du véhicule laissé au garage, ce qui est pourtant contraire à la réglementation. Beaucoup de professionnels omettaient aussi d'informer leurs clients de leur droit à choisir des pièces de réemploi, issues de véhicules recyclés, souvent moins chères que les pièces neuves. Une obligation légale, pourtant.
Les enquêteurs ont également pointé deux dérives liées aux modifications de véhicules. La première sévit sur les réseaux sociaux, où des offres proposent de retirer les dispositifs antipollution (des filtres et systèmes obligatoires qui limitent les émissions des moteurs), qui sont interdits par le code de la route. Il y a aussi le scandale de professionnels qui proposent légalement la conversion au Superéthanol E85, un carburant moins cher à la pompe, mais qui oublient systématiquement de prévenir leurs clients que cette modification impose deux démarches obligatoires, à savoir mettre à jour sa carte grise et en informer son assurance, sous peine de rouler sans couverture valable.
De plus en plus de garages proposent des services en ligne avec de l'estimation de prix, de la réservation de dépannage à domicile, mais certains méconnaissent les règles spécifiques qui s'appliquent aux contrats conclus à distance, qui sont plus protectrices encore pour le consommateur que celles d'un contrat signé en garage. La DGCCRF a sur ce dernier pan décidé de faire preuve de pédagogie, sauf pour les cas les plus graves. Un garage a ainsi été condamné à 4 000 euros d'amende pour avoir délibérément entretenu la confusion sur son mode de calcul des prix, afin de faire payer ses clients plus cher que les tarifs affichés.