Neuf jurés, 90 minutes de délibération, zéro centime accordé. Le procès le plus médiatisé de l'histoire de l'IA s'est terminé sur une question de calendrier, pas de principe.

Elon Musk avait cofondé OpenAI en 2015 avec une promesse : bâtir une intelligence artificielle au service de l'humanité, sous statut d'association à but non lucratif. Neuf ans plus tard, en février 2024, il portait plainte contre Sam Altman, Greg Brockman et OpenAI, les accusant d'avoir trahi cette mission fondatrice en transformant le laboratoire en machine à profit valorisée 852 milliards de dollars. Ce lundi 18 mai 2026, un jury fédéral à Oakland a mis fin à trois semaines d'audience en moins de deux heures.
Le jury n'a jamais jugé le fond
Le verdict, unanime, ne dit pas qu'Altman est innocent mais que Musk a attendu trop longtemps. La cour a estimé que le milliardaire connaissait (ou aurait dû connaître) les faits qu'il reproche à OpenAI dès 2021, bien avant de déposer sa plainte en 2024. Or la loi californienne impose un délai de prescription de trois ans pour ce type de réclamation. Passé ce délai, plus rien ne passe, quelle que soit la gravité des griefs.
La juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui présidait les débats, a immédiatement adopté la recommandation du jury consultatif (le verdict était « consultatif », particularité de cette procédure). Elle a ajouté une phrase qui résume l'affaire : elle était « prête à rejeter la plainte sur-le-champ » avant même que les jurés ne se retirent. Musk réclamait 134 milliards de dollars de dommages, le démantèlement de la structure commerciale d'OpenAI et le départ d'Altman et Brockman. Microsoft, citée comme complice pour ses 13 milliards de dollars investis dans OpenAI entre 2019 et 2023, a également été mise hors de cause. Les avocats d'OpenAI et de Microsoft se sont congratulés dans le couloir du tribunal avec des accolades, selon plusieurs journalistes présents. Aucun des deux milliardaires n'était dans la salle au moment du verdict.
L'introduction en Bourse sauvée, l'appel en embuscade
Pour OpenAI, ce verdict lève le principal obstacle juridique sur la route d'une introduction en Bourse qui s'annonce historique. La société a bouclé en mars 2026 une levée de 122 milliards de dollars (co-menée par SoftBank, Andreessen Horowitz et D.E. Shaw Ventures), la plus importante jamais réalisée par une entreprise privée, portant sa valorisation à 852 milliards de dollars. Avec Musk hors du chemin (au moins temporairement), le calendrier de l'IPO peut reprendre son cours.
Mais le feuilleton n'est probablement pas terminé. Marc Toberoff, l'avocat de Musk, n'a prononcé qu'un seul mot en quittant la salle d'audience : « Appel. » Musk lui-même a confirmé sur X quelques heures plus tard, estimant que « le jury n'a jamais statué sur le fond de l'affaire, juste sur un détail de calendrier ». Un appel devant le 9th Circuit Court of Appeals pourrait prendre plusieurs mois, voire années. Pendant ce temps, OpenAI continuera de fonctionner sous sa structure hybride, avec un conseil d'administration à but non lucratif qui conserve le contrôle formel sur la branche commerciale (du moins en théorie).
Ce procès aura au moins eu le mérite de poser les questions que l'industrie évitait depuis 2019, sur la gouvernance des laboratoires d'IA et sur la frontière entre mission d'intérêt public et capitalisme de l'intelligence artificielle. La réponse du tribunal, elle, est d'une simplicité redoutable : il fallait les poser avant.