Jensen Huang embarqué au dernier moment dans Air Force One, Tim Cook, Elon Musk et une dizaine de dirigeants tech dans les bagages. Le casting promettait un grand accord sur l'IA. Le résultat tient sur un post-it.

Entre le 13 et le 15 mai 2026, Donald Trump a effectué à Pékin la première visite d'État d'un président américain en Chine depuis 2017. L'agenda officiel parlait d'Iran, de Taïwan, de droits de douane. Mais le casting de la délégation racontait une tout autre histoire. Trump a embarqué dans ses bagages Jensen Huang (NVIDIA, ajouté au dernier moment lors d'une escale à Anchorage après un appel personnel du président), Tim Cook (Apple), Elon Musk (Tesla/SpaceX), ainsi que des dirigeants de Meta, Micron, Qualcomm et Coherent. Une délégation tech de ce calibre, emmenée par un président en exercice chez le principal rival technologique des États-Unis, cela ne s'improvise pas. Cela se prépare pour obtenir quelque chose.
Le plus grand casting tech pour le plus maigre résultat
Le représentant au Commerce Greer a résumé l'affaire avec une franchise involontaire : « Pas de discussion sur les puces lors de la rencontre bilatérale. ». Ce qui n'a pas empêché Reuters de rapporter, quelques heures plus tard, que Washington aurait autorisé la vente de GPU H200 de NVIDIA à une dizaine d'entreprises chinoises (Alibaba, Tencent, ByteDance, JD.com). Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a démenti être au courant, précisant que les licences d'exportation relèvent du département du Commerce. Une confusion au sommet de l'État (à moins que ce ne soit de la coordination, chacun appréciera) qui résume bien le niveau de clarté de la politique américaine sur les semi-conducteurs en mai 2026.

Côté gouvernance de l'intelligence artificielle, rien non plus. Aucun framework bilatéral de notification, aucun accord sur les usages militaires de l'IA, rien qui ressemble de près ou de loin à ce que l'EU AI Act tente de construire (laborieusement, certes, mais au moins ça existe sur le papier). Côté terres rares, Pékin n'a pas levé les restrictions imposées depuis 2022-2023 sur le gallium, le germanium, l'antimoine et le graphite. Xi Jinping a accueilli les patrons américains en leur assurant que « la porte de la Chine ne fera que s'ouvrir davantage ». Jensen Huang, lui, a qualifié le sommet de « l'un des plus importants de l'histoire de l'humanité ». Quand on connaît le résultat, l'hyperbole a un goût particulier.
Le bilan concret tient en une ligne : une prolongation de la trêve tarifaire du 12 mai 2025. Les droits de douane américains sur la Chine restent à 30 % (contre 145 % au pic), les droits chinois sur les produits américains à 10 % (contre 125 %). Autrement dit, les deux parties ont décidé de ne pas se tirer dessus pendant encore quelques mois. C'est déjà ça.
La fenêtre de négociation américaine se ferme chaque mois
Le problème structurel que ce sommet a exposé sans le résoudre, c'est que les États-Unis ont de moins en moins de levier. Le CHIPS Act, Intel Foundry en Arizona, l'usine TSMC de Phoenix : tout cela existe, et c'est réel. Mais le packaging avancé reste massivement en Asie (ASE Group à Taïwan, Amkor en Corée) et l'assemblage de l'électronique grand public passe toujours par la Chine et le Vietnam.
Depuis le début de l'année, il y a aussi le sujet brûlant de la mémoire : la quasi-totalité est produite entre Taïwan (Micron) et la Corée du Sud (SK Hynix et Samsung), tandis que la Chine fait émerger deux champions dans le domaine avec CXMT et YMTC. Surtout, Pékin garde la main sur le raffinage des terres rares indispensables aux aimants permanents, aux semi-conducteurs composés et à toute la filière véhicules électriques.
Dans le même temps, la dépendance chinoise aux puces américaines diminue à chaque trimestre. DeepSeek a démontré en janvier 2025 qu'on pouvait entraîner un modèle compétitif avec moins de GPU haut de gamme. Huawei pousse son accélérateur Ascend. Pékin a répondu aux restrictions américaines non pas en négociant, mais en construisant ses propres alternatives. Plus le temps passe, moins Washington a de monnaie d'échange. Trump a emmené ses meilleurs atouts à Pékin. Le patron de NVIDIA (plus grosse capitalisation mondiale en semi-conducteurs), celui d'Apple (le plus dépendant de la Chine pour son assemblage) et celui de Tesla (qui y construit des gigafactories). Il en est revenu avec une prolongation de statu quo.